Le blog du team ralouf

Le blog du team ralouf de Grenoble, à base de fiesta, de cutrichare, de montagne, de voyage, d'escalade, de grosse marade, et... tout çaaaaa quoi!!!

27 février 2016

Exodus à Presles !

Avec presque 1 an jour pour jour de retard, voilà un petit article sur une des voies de 2016 ! Ou plus précisément La première voie de 2016 ! 

Si je me motive, je vais essayer de faire quelques articles rétrospectifs sur 2016, à venir dans les prochains jours, histoire de faire vivre un peu les aventures de la team ralouf au pays des mangeurs de cailloux ! 

Et pour commencer l’année 2016, on a eu la chance d'attaquer par une super voie à Presles !!! Vraiment belle, dans mes plus belles de Presles si ce n’est pas la plus belle que j’ai fait là-bas ! Réalisée un lendemain d’une grosse soirée pour la dépendaison de crémaillère de Berto et mimine !

Au moment d’aller chercher Rama le matin je ne fais pas le malin, le ventre et la tête encore complètement brassés du vil punsh de la veille, je rejoins Rama en mode confus, « j’suis desolé j’sais pas comment je me suis débrouillé, c’est bizarre, j’suis rentré complètement bourré ! » « T’inquiète pas, moi aussi ! » En fait on a tous les deux rendus tripes et boyaux la veille ! Du coup c’est bien on attaque la première voie de l’année dans un état de forme... égal ! Un trajet hasardeux en voiture nous amène au parking de Choranche après une pause-café nécessaire voire vitale. La marche d’approche est « torchée » en... 1h45 au lieu des moins d'1h annoncé car encore à moitié défoncés, on n’a pas voulu monter tout droit dans la forêt depuis la mielerie. On pensait donc opter pour une option feignasse en se garant à Choranche en se disant qu’on allait traverser tous les secteurs vers la droite… mais c’est une mauvaise idée ! Il n’y a aucun chemin entre la fin du secteur du Fou qui Repeint son Plafond et le début du secteur du Triangle de Chroranche, du coup grosse galère à désescalader des barres rocheuses pourries dans les buis et les ronces !

On fini quand même tant bien que mal par arriver à la Paroi Rouge et on remonter le début de la rampe de Choranche. Au moment d’attaquer, non seulement on n’a toujours pas fini d’évacuer l’alcool de la veille, mais en plus on est déchiquetés de partout par les ronces ! C’est donc encore un peu fébrile que je me fais défoncer dans L1. Heureusement pour la suite je finirai par reprendre le dessus et m’éclater à fond, et idem pour le Rama qui arrivera même à enchainer L1 dès l'échauffement !

L1 : 6b+, superbe, trop bourré / pas assez chaud pour enchainer.
L2 6c+ un gros crux méga dur, c’est le pas le plus oblig de toute la voie.

IMG_0397Rama dans L2, un 6c+ assez piquant

L3 transition, ne pas s’arrêter au premier relais mais bien au deuxième ! L4 : 6b+ super beau ça enchaine pour tous les deux. L5 7a, super beau encore avec un crux sur crougnettes microscopiques, j’enchaine en tête, 7a à vue en grande voie ! et premier 7a de l’année !

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Rama en cours d'enchaînement de L5, magnifique 7a où il faut sérer des bonnes croutes infâmes comme on les aime !

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L6 : 6c, la trav est d’abord facile puis la fin bien dure, je me fais niquer l’enchainement sur une erreur de lecture, à la fin de la trav il faut descendre et non pas monter tout de suite ! Puis fissure à l’ancienne.

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La trav photogénique ! Technique et sortie en fissure à l'ancienne !
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L7 6a+ ultra court rien à redire. L8 6b où vraiment il faut s’accrocher jusqu’à la dernière prise pour enchainer, je lui aurais bien mis 6b+. Alors que Steph était en train de faire le dièdre en tête, énorme bruit style chute de pierre mais en fait c’est un puis deux puis sept mecs en wingsuit qui nous ont décollés juste au dessus de la tête et au passage collés une belle frayeur ! C’est impressionnant à voir ! Vu d’en haut on dirait qu’ils vont s’écraser dans la forêt ou la ligne à haute tension ! L9, 7a vraiment hard, très court. 5h dans la voie, puis descente par la rampe de Choranche et tout droit dans les buis jusqu’à la route !

IMG_0422Plus réveillés à la fin qu'au début mais on sent les yeux encore un peu fatigués !

 

IMG_0424Le trou vu du sommet de la voie, là où les wingsuits viennent de s'élancer ! Bien chauds les bonhommes !!

Voilou, au final ça fait une très belle voie, un bon 220m en ED- c'est parfait pour une reprise surtout à jeun ! Niveau matos c'est hyper bien équipé ! Et on a hissé le sac tout le long, ça passe nickel.

Voilou à bientôt (j'espère) pour de nouvelles aventures 2016 en 2017 avec potentiellement en prochain flash back, la Concave et le méchant (mais beau) (mais terrrrible) Verdon !

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19 août 2015

TGV : Traversée du Gerbier Vite vite viiiiite !!!

Ou l'enchaînement vertical de trois sommets de la barrière Est du Vercors par quatre grandes voies classiques et le tout à la journée !

 

Et hop, concrétisation d’un petit projet, dans les tuyaux depuis maintenant 6 ans, jour où Rama (Stephen de son prénom), guronzé comme jamais par une semaine de travail lui ayant probablement éclaté quelques connections neuronales, m’a proposé de réaliser l’enchainement suivant : escalader le Gerbier et chacune des Deux Sœurs en une journée !

Au menu de ce plat gastronomique pour boulimique du calcaire :

En entrée : le Gerbier par le pilier de la double Brèche (D+ 200m)

Puis la traversée des arêtes du Gerbier (PD, donnée pour 330m)

Ensuite la Sœur Sophie par la voie du Toit (TD 300m)

Et puis enfin la Sœur Agathe par le Spigolo sud-est histoire de finir (TD 320m)!

Soit quatre voies pour trois sommets, et plus de 1000m de falaise à avaler… à la journée !

 

Un beau dimanche de l’été 2012 nous avait déjà vus pousser notre première timide tentative sur cette TGV. Tentative qui s’était soldé par un gigantissime but au sommet du Pilier de la Double Brèche (la première des quatre voies en somme), c’est dire si nous avions bien avancé ! Pour notre défense (ou pas) ce premier essai avait été préparé dans les règles de l’art : le vendredi nous montions au refuge du Soreiller, le samedi face sud de la Dibona par la voie Physique et sans Issue que l’on avait sorti a muerte ! Et avec la descente du Soreiller dans les pattes nous nous étions quand même pointés plein d’illusions le samedi soir à minuit à Prélenfrey dans le but d’aller faire la TGV le lendemain... Comme pour nous confirmer que cela allait être compliqué, nous n’avions rien dormi de la nuit à cause d’une rave party organisée dans le champ juste en dessous du parking qui nous faisait décoller sur nos matelas à chaque boum boum des basses… Bref, le lendemain matin on signait le but en haut de la première des 4 voies, et c’était déjà pas si mal vu notre état !

Mais cette première tentative totalement inorganisée face à un objectif aussi conséquent nous a servi de leçon !

Cette année, la TGV est dans les tuyaux pour la fin juin, histoire d’avoir les journées les plus longues, et cette fois-ci l’organisation va être brossée au millimètre pour mettre le plus de chances de notre côté !

La veille du jour J, nous montons à la cabane des Clots le soir en sortant du boulot. Cette fois-ci on ne s’est pas senti obligé de faire trois fois le tour de l’Oisans avant de venir dans le Vercors et nous sommes nettement plus frais !

P1080183Notre scouat à la cabane des Clots après les dépôts de flotte.

 

Une petite demi-heure de marche nous amène à la cabane où nous laissons notre matos de bivouac, puis nous montons planquer quatre litres d’eau au pied de la Voie du Toit de la Sœur Sophie, puis quatre autres litres au pied de la Sœur Agathe ! Demain c’est canicule annoncée alors on va avoir besoins d’un max d’eau, et pas question de trimbaler douze litres de flotte dans le Pilier de la Double Brèche au Gerbier !

Retour au bivouac après avoir fait nos petits dépôts matos, on se sent presque trop bien organisés, ce qui ne correspond pas forcément à notre style d’ordinaire plutôt débridé ! Mais ces préparatifs vont nous permettent de grimper le plus léger possible et ça c’est un sacré atout !

 

Le jour J : la TGV !

Samedi matin, réveil 3h45, ça sa pique ! Surtout que la nuit a été un peu animée par deux petits loirs qui avaient pris possession de l’étage de la cabane où l’on a dormi ! Je déteste me lever si tôt, et Rama encore plus, mais finalement on finit par s’extraire au pied de biche de nos duvets ! 4h15, c’est parti pour la marche d’approche, il fait nuit, il fait frais, on se réveille tranquille sur le sentier du Périmètre.

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P1080186C'est pas gros mais ça fait pas mal de bruit, et puis ça grimpe sacrément bien !

5h du mat, start de la montre et start de la première grande voie, le soleil n’est pas levé et je pose le premier bout de chausson dans L1 du Pilier de la Double Brèche.

P1080193Rama dans L2 du Pilier de la Double Brèche, il ne fait pas encore jour !

L’avantage pour nous c’est que nous connaissons cette voie par cœur tous les deux, pas à la prise près mais presque ! Du coup ce pilier se transforme en belle balade, en t-shirt à 5h du matin, canicule oblige, avec toutes les couleurs qui apparaissent les unes après les autres au fur et à mesure que le soleil se lève, c’est magnifique.

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Belle balade menée à un bon train tout de même, on n’est pas là pour acheter le terrain, si on veut avoir une chance de réussir cette TGV il ne faut pas traîner. Mais avec un tout petit sac de 20L pour deux, ça file super vite ! A 6h on attaque le crux : le dièdre de L5, un bon vieux 6a des familles qui peut se passer bien comme mal en fonction de comment on s’y prend, mais qui finalement n’opposera aucune résistance et se laissera agréablement grimper à ma non moins agréable surprise ! 7h00 sommet du Pilier de la Double Brèche, ça c’est fait ! Et de une !

P1080206Rama dans L4, une balade avec des couleurs magnifiques!

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On attaque les arêtes du Gerbier en solo, on avait décidé de faire comme ça pour gagner un peu de temps. Pareil que pour le pilier on connait l’arête par cœur, mais il n’empêche que le faux pas n’est pas tolérable en ces conditions. On se met chacun dans sa bulle, concentré sur l’escalade.

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La lumière est magnifique, à gauche côté Prélenfrey le soleil réchauffe déjà les dalles du Gerbier, alors qu’à droite le versant Villard de Lans est encore plongé dans la pénombre.

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7h45, sommet du Gerbier, et de deux ! Première petite pause de la journée, 10 minutes histoire de souffler et de profiter de la vue après les 30 minutes concentrés à bloc sur l’arête, et puis on tire le rappel rapidos et c’est parti pour la jonction.

Ce qu’on appelle LA jonction c’est : descendre sous le Gerbier pour aller récupérer le sentier qui vient de Villard de Lans et l’emprunter pour monter au pas de l’Oeille, puis basculer versant Prélenfrey, descendre quasiment jusqu’à la cabane des Clots puis remonter au pied de la Sœur Sophie… une jolie petite balade en forme de montagnes russes… et qui va bien nous user ! Quand on bascule côté Prélenfrey vers 9h30, le cagnard est déjà bien en place, ça cogne sévère, la canicule vous dites ?! On se fait scotcher pour remonter au pied de la Sœur Sophie, et arrivés au pied des dalles, c’est la fournaise !

Petite pause histoire de faire redescendre le cardio avant de recommencer à grimper, puis à 10h30 on attaque. C’est à Rama d’attaquer en tête, et il commence tranquillement mais surement la première longueur sous un soleil de plomb, il est 10h30.

La Voie tu Toit, c’est déjà moins une ballade que le Pilier de la Double Brèche, on peut même commencer à dire que c’est un joli morceau. Pas aussi dure que le Spigolo qui nous attend pour la suite sur la Sœur Agathe, mais tout de même il y a des passages où il ne faut pas trop se déconcentrer. Steph l’a déjà fait une fois il y a longtemps avec Pierre, et moi une fois également il y a un bon moment avec Ludo. Ces deux derniers faisaient alors leurs armes en terrain d’aventure, et on les avait envoyés en tête dans des longueurs qui maintenant ne nous paraissent pas franchement cadeau. J’avais gardé à l’esprit des sensations plutôt fébriles quant à la troisième longueur avec son caillou foireux, et rama garde un souvenir plutôt ému de L8, un dièdre en 6b de 35m peu pourvu en pitons.

Rama arrive à R1 très rapidement, le relais est à l’ombre dans une niche, veinard moi je poursuis ma cuisson à feu vif au pied de la face ! Je le rejoins puis continue avec la deuxième longueur qui est facile, R2 en plein cagnard pour moi, puis Rama part visiter la fameuse L3 et son cailloux foireux… et bien la réputation de la longueur n’est pas usurpée ! C’est pas catastrophique non plus, mais les protections sont loin et ça donne un ensemble pas franchement rassurant. On est content quand on arrive à R3, et on se dit qu’on avait peut-être un peu craqué quatre ans en arrière d’envoyer Ludo et Pierre en tête là-dedans « faire leurs armes » ! Ils auraient aussi bien pu arrêter l’escalade par la suite… !

P1080235L3 de la Voie du Toit, on se fait léger !

J’enchaine ensuite avec L4 et son fameux toit ! C’est une longueur vraiment excellente, 30m de traversée vers la gauche sous un toit énorme, puis 10m d’avancée le long du flanc gauche pour arriver au relais, et là le maitre mot c’est : tirage ! Il faut bien gérer pour ne pas se retrouver coincé à tirer les cordes comme un forcené au bout de cette longueur de 45m qui forme un angle droit en plein milieu ! C’est parti, les pitons au début sont un peu vétustes mais il y en a beaucoup, puis le toit est entièrement rééquipé en bon gros spits, ça avance vite. Par contre le passage de l’angle droit au bout du toit… il faut monter sur un énorme bloc bloqué dans le dièdre on ne sait comment, celui-là le jour où il va partir, ça va faire mal ! J’essaie de me faire le plus léger possible, ça passe, tranquille, puis la fin de la traversée m’amène au relais moyennant deux petits pas d’artif sur plaquettes de l’époque qui ne font pas rire les mouettes !

P1080237Le fameux toit !

 

Rama arrive puis on déroule les trois longueurs suivantes tranquille, c’est beau, c’est raide, c’est soit bien protégé soit bien protégeable, le top, et on avance bien ! Je me fais donc catapulter dans L8 sans avoir eu trop le temps de réfléchir. Voilà le dièdre en 6b mention engagé, j’y vais concentré à bloc, mais en fait il n’est pas si difficile que ça ! Certes il ne faut pas se vautrer avant la première plaquette, on n’est bien d’accord, mais après une fois dans la fissure on peut caler des friends partout, et il y a même quelques bons pitons dans le haut, je me régale !

P1080241La partie après le grand toit, ça sort tout là haut ! Ils avaient les corones les anciens !

 

Relais sur la vire de L9 puis Rama boucle l’affaire, sommet de la Sœur Sophie, il est 14h15 !! Et de trois !!

P1080242Et de trois ! Plus qu'une, mais pas la moindre !

 

On redescend en courant dans le couloir des Deux Sœurs, on récupère nos quatre derniers litres de flotte puis on marche jusqu’au pied du Spigolo Sud-Est de la Sœur Agathe, pause, 20 minutes ! Bien méritées !

P1080245Descente en direction du couloir des Deux Soeurs, et le Spigolo qui nous attend tapi dans l'ombre pour la suite.

Maintenant on attaque LE gros morceau ! Après une marche d’approche pareille, il serait peut-être temps d’y penser ! On n’a pas idée de faire un détour pareil pour aller au pied du Spigolo : ça fait déjà 11h que l’on est parti de la cabane des Clots !

Le Spigolo pour nous c’est toute une histoire. Autant le Pilier de la Double Brèche et les arêtes du Gerbier on était à la maison, autant la Voie du Toit on ne l’a connaissait pas par cœur mais bon quand même on l’avait tous les deux faite une fois… autant la seule fois où j’ai été dans le Spigolo (avec Rama comme par hasard) on a pris un bon gros BUT ! Et pas un but météo ! Et la fatigue commence à faire sentir, du coup l’un dans l’autre je me sens beaucoup moins décontracté !

Pour l’histoire du Spigolo : il faut savoir que j’ai rencontré Rama au détour d’un bar en 2008, rapidement présenté lors d’une petite soirée escalade « ah bon mais tu sais poser des friends ouaahh la classe, ah mais t’en as en plus, à la tienne » - « ah ouais mais toi tu sais poser des pitons ouaahh la classe, ah mais t’en as en plus, vas-y on reprend une bière » ! Ce speed dating avait été prolongé dès le lendemain dans une voie de 4 longueurs largement au-dessus de notre niveau dans les toits de Comboire, mais qui était sorti au bluff, et donc pour conclure une amitié naissante qui allait donner lieu à moultes aventures par la suite (mais je digresse), nous étions allés aussi sec nous lier par le sang au Spigolo Sud-Est mi-novembre, dans des conditions quasi hivernales avec une expérience et un équipement, très laaaaargement sous-appropriés ! Tentative qui c’était soldée par un magnifique but dans la huitième longueur, nous permettant d’équiper à nos frais notre première descente en rappel du massif.

Bref je m’égare mais on avait butté parce que ni lui ni moi n’osions monter assez haut dans cette huitième longueur, celle au-dessus de la vire… longueur qu’il va bien falloir franchir aujourd’hui si on veut réussir cette TGV… mais j’y reviendrai après !

Du coup, aujourd’hui, fort de nos 11h de « marche d’approche », et de notre état de fatigue naissant voire avéré, assis au pied du surplomb à l’aspect franchement rébarbatif de la première longueur, me voilà pris d’un subit mal des rimayes ! C’est à mon tour d’attaquer en tête et Rama m’exhorte à y aller : c’est-à-dire qu’il me propose d’y aller à ma place. Bien entendu je refuse cordialement, et me voilà pendu dans les pitons pourris du surplomb pourri qu’il faut bien franchir pour accéder à ce tant convoité Spigolo de malheur ! Il est 15h30, on est laaaaaarge.

L1 du Spigolo c’est une jolie fissure en cailloux moisi, à remonter sur des pitons d’époques, la plupart plantés tête en bas où dans des positions qui ne me seraient personnellement jamais venues à l’idée… mais on va dire que j’étais fatigué j’en rajoute surement : faut aller voir.

Enfin ceci dit vu le nombre de maillons de but recensés dans la longueur et à R1, y en a quand même beaucoup qui ont payé pour voir - mais je digresse encore.

Je franchis donc l’artif de la première longueur dans un état de crispation avancé qui me fait serrer dégaines et étriers plus que nécessaire. Dire que j’arrive à R1 explosé serait un euphémisme. Mais bon au moins j’y suis, c’est déjà ça de moins à faire ! Je n’ai que peu de souvenir de la longueur suivante et dans ces conditions de moral faiblissant, une belle envolée rapide et efficace de Rama dans L2 serait de bon augure. Peine perdue, le 6a+ en fissure de cette deuxième longueur est bien retors, Steph patine un peu mais avance, doucement. Le soleil vient enfin de se planquer derrière la montagne, on perd enfin quelques degrés, je suis vautré contre le rocher qui dégage sa douce chaleur… Mon corps se relâche, je laisse filer les brassées de mou doucement à travers le reverso, je sombre dans un état catatonique... puis fini par m’endormir pour de bon !

Assez rapidement réveillé par un rama qui n’a rien capté et qui vocifère qu’il veut quoi déjà ? Ah oui du mou !

Le réveil en sursaut me fait l’effet d’un coup de fouet, c’est pas vrai je galère dans de l’artif qui devrait dérouler et m’endors au relais ensuite, ce n’est pas comme ça qu’on va franchir cette satané huitième longueur (et oui car c’est bien ça qui m’inquiète depuis le début). Bref je me remets debout en mode « vite il faut que je fasse quelque chose, et que je le fasse bien » ! Ça tombe bien Rama vient justement d’en finir avec L2, c’est le moment de gagner du temps en le rejoignant à fond la caisse… Une demie heure plus tard (j’exagère mais c’était mon ressenti à ce moment-là), j’arrive au relais, rôti complet, après avoir guenillé comme pas possible dans ladite fissure. Bon, s’il faut faire quelque chose de bien, et si ce n’était pas L2, alors ce sera la troisième longueur. Je pars, c’est facile, je coure… forcément je manque le relais, je coure, content ça déroule… « bout de corde » - comment ça bout de corde ?

Et me voilà à redescendre mouliné sur un piton pourri qui dépasse de 10cm pour aller rejoindre le relais que j’ai loupé 15m en dessous… putain qu’est-ce qu’il faut pas faire pour faire les choses bien.

Bref, Rama me met une petite saucée : « Et l’animal tu t’es pas dit qu’il était un peu dur ton 5+, c’est 6a/b là où t’es monté ! C’est bon détends toi mec tu grimpes encore bien » ! Me voilà rassuré !

P1080250La partie basse du Spigolo, Rama dans L5.

Lui enchaine la longueur qui pour le coup a été à moitié pré-équipée par mes bons soins, le tout en quatrième vitesse, ça fait plaisir. Je retrouve de la forme, et on avale les trois longueurs suivantes rapidos en se faisant plaisir, ça va bien se passer !

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Nous voilà donc sur la grande vire, l’endroit où on a butté 7 ans plus tôt, le saint graal est juste au-dessus. Sur les plus de 1000m de falaise du jour il en reste à peine 100… On est au départ du sprint final, la foule est en délire et la banderole de la ligne d’arrivée est en vue, les cotillons retiennent leur envol avant de tomber sur les coureurs enhardis par l’adrénaline et… Et enfin moi j’ai quand même surtout l’impression d’être au milieu de l’arène, et qu’on va se faire dévorer. Juste ça manque un peu de lions qui tournent autour mais sinon je m’y croirai.

Bref, je digresse, tout ça pour dire qu’on est au pied de L8. Celle qui nous a vus butter, celle qui me fait peur. C’est une longueur de 45m qui suit le fil du Spigolo. C’est ultra esthétique ça y’a pas à redire, mais ce qu’il faut savoir et que l’on ne sait pas forcément, c’est que le premier piton qui va venir vous confirmer que vous êtes bien au bon endroit pour attaquer le dernier bastion, et bien il est à 7 voire 8 bons mètres du sol. Alors quand ça grimpe, et c’est le cas, ça fait long pour une confirmation d’itinéraire. Puis ce piton rejoint, ça grimpe encore ! Rama envoi, doucement mais surement, tel le rouleau compresseur moyen. Il avance bien et dépasse le relais intermédiaire, copieusement fourni en maillon de but lui aussi, ce qui n’a rien d’étonnant puisque la suite est une des plus belles envolées de cailloux « typique barrière Est du Vercors», mais heureusement bien pourvue en pitons. Steph se gave, point barre y’a rien à ajouter, il siffle la longueur comme on siffle un digestif : ça fait mal mais c’est bon. Pour moi sur la vire c’est la danse de la victoire, on va l’avoir ce Spigolo ! Je le rejoins sans trop me relâcher non plus parce qu’au-dessus j’ai un 6b+ qui m’attend, mais dans ma tête ça va bien mieux et c’est le principal, et puis le 6b+, en A0 c’est très bien aussi, et puis la vire qui fait suite, je la croque sans même protéger, et puis me voilà à R9 que j’ai même pas eu le temps de dire ouf !

P1080257Le début de la fameuse L8, dans une ambiance un peu austère !

De là, il reste deux longueurs mais du facile, Rama coche la première, je louvoie dans la dernière, et bien on dirait bien que cette fois ça y est : SO-MMET !!!!! Il est 19h15, la TGV ça c’est FAIT ! Le premier bout de chausson sur le Pilier de la Double Brèche, le premier mouv, c’était il y a 14h15, ça fait une belle journée ! Trop contents !

P1080259Contents et calmés après 14h15 de grimpe !!

Voilà c’est passé, ça faisait un moment que ce projet nous faisait rêver, on ne savait pas si physiquement et moralement on serait capable de grimper tout ça à la journée mais ça l’a fait ! Pour cette super Traversée du Gerbier Vite vite vite, quelques petits conseils : sachez que des facilités d’hébergement sont dispensés par Mr et Mme les Loirs à la cabane des Clots, où l’on dort assez bien moyennant tout de même que les propriétaires dorment aussi. Il faut savoir aussi que comme d’hab dans cette partie du Vercors il n’y a pas de flotte sur tout le parcours (sauf en début de saison : résurgences dans la descente du pas de l’Oeille côté Prélenfrey et souvent dans le couloir juste au-dessus de la cabane en direction des Deux Sœurs). Sinon c’est tout bon, c’est trop beau, et ça vaut vraiment le coup. Avoir vu le soleil se lever derrière Belledonne, pour finir en voyant la nuit et la lune se lever en arrivant à la Cabane des CLots, où Elsa nous a fait la surprise de nous rejoindre avec l’apéro pour fêter ça… magique !

 

Del

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28 juillet 2015

Et de trois ! Trois nouvelles voies à la Grande Roche Saint Michel !!

Et de trois ! Après l'ouverture l'année dernière du Poids des Armes, et celle cette année de Les Affaires Reprennent, on a bouclé, toujours avec Steph, l'ouverture du bas d'Entrée - Plat - Dessert ! Petit article pour résumer les trois ouvertures, les trois topos complet sont dans l'article !

 

Avant de commencer, nous tenons à remercier l’équipe qui a ouverte Faites Souffrir les Marmottes et qui nous a permis de découvrir cette partie de la Grande Roche Saint Michel.

Cela faisait déjà quelques années que nous observions cette large paroi depuis Grenoble dans l’idée d’ouvrir une nouvelle voie. De belles lignes étaient déjà présentes et il ne fut pas facile pour nous de trouver « notre » chemin dans cette muraille permettant une ouverture du bas à notre niveau. Mais en 2013, le parcours de la nouvelle voie du coin Faites Souffrir les Marmottes et plus particulièrement son accès en rappels nous ont permis d’avoir un regard neuf sur cette Grande Roche St Michel. A ce moment-là nous ne soupçonnions pas encore que nous allions emprunter ces rappels un bon paquet de fois afin de venir ouvrir ici à notre tour.

Global secteur marmotte v4

 

Le Poids des Armes

TD+ 250m.Ouverte du bas le 7, 8 et 9 juin 2014 par Pierre-Antoine Déléan, Pierre Grulois, Stephen Ramanoël et Loïc Sanchez.

 

Cette voie a été la première de la série, ouverte en 3 jours d’un long et chaud week-end de juin 2014, où l’on a bien eu le temps de faire connaissance avec la falaise ! La voie porte ce nom, entre autres, parce que l’on a découvert un fusil datant très probablement de la seconde guerre mondiale, à l’endroit qui nous a servi de bivouac au pied de la falaise. Il y est toujours !

La ligne est assez raide et certains passages plutôt sévères. Ça démarre et ça fini par des longueurs dures, et parfois bien gazeuses, avec une partie centrale plus facile. Le rocher y est très bon sauf dans les premiers mètres de la première longueur (A0) où il est… très sableux !

 

Matériel : la voie est semi équipée, prendre cordes 2x50m, 1 jeu de friends en doublant le camalot n°2, 1 jeu de coinceurs, 2-3 pitons (lames moyennes et courtes).

Accès : Par les rappels de Faites Souffrir les Marmottes. Au pied des rappels traverser vers le Nord pendant 5min. Le départ se situe sur une vire étroite à droite d’un grand dièdre. Spits visibles au départ.

La voie :

L1 : A1/6b+ (35m - 5 spits, 2 pitons) : remonter un mur en mauvais rocher (A0 – 4 spits), puis franchir le petit toit par la gauche (A1 – 1 pas), remonter le dièdre qui fait suite, relais à droite sur arbre. 

L2 : 5a (30m – 0 points) : escalader le dièdre à droite pour rejoindre une vire, relais sur l’arbre de gauche.

L3 : 5c (30m – 0 points) : départ à gauche, remonter un court mur puis la fissure cheminée qui fait suite puis traverser sur l’arête de droite pour aller faire relais sur le petit arbre sur le fil de l’arête.

L4 : 7a+>6b/A0 (30m – 10 spits, 2 pitons) : franchir la brèche au mieux pour remonter le mur gris-bleu de gauche. Relais sur 2 spits.

L5 : 6c (25m – 4 spits + 1 piton) : remonter en ascendance à droite  pour rejoindre une fissure qui devient de plus en plus raide. Relais sur la terrasse du dessus sur 2 spits.

L6 : 5b (15m – 3 spits) : remonter le dièdre au-dessus du relais. Relais sur arbre.

Transition (10min) : remonter les vires jusqu’au pied de la partie supérieur de la falaise puis longer la face vers le sud jusqu’à la base d’une arête facile. (Echappatoire possible vers le Nord qui ramène en dessous du Moucherotte).

L7 : 3 (35m – 0 points) : remonter l’arête au plus simple. Relais sur un des nombreux sapins.

L8 : 3 (30m – 0 points) : Franchir un dernier mur puis remonter au plus simple jusqu’au plateau. Relais sur arbre. 

PoidsdesArmes_V2

 

Les Affaires Reprennent

D+ 250m.Ouverte du bas le 17 mai 2015 par Pierre-Antoine Déléan et Stephen Ramanoël.

 

Cette voie est le fruit d’un bon gros but ! Partis pour aller refaire le Poids des Armes, nous avons la mauvaise surprise de découvrir au pied de la voie que cette dernière est trempée. Idem pour Faites Souffrir les Marmottes, il ne nous restait plus qu’à trouver une ligne facile (et plus sèche) pour atteindre le plateau sinon on était quitte pour une bonne descente de sanglier dans les arbres jusqu’à Claix ! La ligne va donc au plus facile dans la partie gauche de la falaise qui sèche plus rapidement, et qui est beaucoup moins raide.

 

Accès : Par les rappels de Faites Souffrir les Marmottes. Au pied des rappels traverser vers le Sud, traverser un raide couloir de terre puis remonter une pente d’herbe et continuer toujours vers le Sud. Le départ se situe sur une petite vire 25m à l’aplomb sous le sapin qui constitue le premier relais.

Matériel : la voie n’est pas du tout équipée hormis un piton en place dans la dernière longueur. Tous les relais sont sur arbre. Prendre cordes 2x50m, 1 jeu de friends en doublant les camalots n°1 et 2, 1 jeu de coinceurs, 5-6 pitons (lames et cornières), micro-friends utiles.

La voie :

L1 : 4 25m : attaquer dans un dièdre herbeux d’une dizaine de mètre puis remonter au plus facile jusqu’au sapin sur la vire.

L2 : 5b 25m : partir à droite du sapin, passer un bombé en traversée vers la droite puis remonter un mur plus facile jusqu’à un petit sapin.

L3 : 5a 40m : partir dans les dalles au plus facile (3+ / 4) en direction du sapin au pied du mur raide qui fait suite. Franchir ce mur par une fissure un peu terreuse pour arriver sur la grande vire.

Transition : suivre la vire vers la gauche pendant une centaine de mètres. On arrive dans un grand couloir d’herbe que l’on remonte jusqu’au pied du mur terminal, traverser à gauche pendant 50m puis remonter un système de sapin qui part à l’assaut de ce mur terminal. Faire relais sur le sapin de votre choix avant que ça ne devienne trop raide.

L4 : 6a 50m : démarrer dans une dalle facile en visant un micro-sapin qui permet de franchir le petit surplomb de départ. Suivre des fissures pendant 5 m pour arriver à une niche (piton), traverser à gauche pour arriver à l’aplomb du dernier gros sapin et enfin le rejoindre. Au sapin, faire relais si vous êtes cuit, sinon traverser à gauche sur 5m puis gagner le sommet par une petite fissure en arc de cercle.

Topo Entrée Plat Dessert V3

 

 

Entrée Plat Dessert

TD 250m.Ouverte du bas le 31 mai et 6 juin 2015 par Pierre-Antoine Déléan et Stephen Ramanoël.

 

Jamais deux sans trois ! Après notre heureux but dans le Poids des Armes, avantageusement transformé en séance d’ouverture (ou de fuite vers le haut) dans les Affaires Reprennent, le parcours de cette dernière voie nous a permis de découvrir le théâtre de ce qui allait devenir notre troisième ligne. A la base nous sommes tombés sous le charme du dièdre de la première longueur, beau, raide… vierge ! L’ensemble est un peu hétérogène, avec des longueurs de transitions séparant des sections beaucoup plus raides, mais ça vaut le détour certaines longueurs sont vraiment sympas.

 

Accès : Par les rappels de Faites Souffrir les Marmottes. Au pied des rappels traverser vers le Sud, traverser un raide couloir de terre puis remonter une pente d’herbe et continuer toujours vers le Sud. Le départ se situe sur une petite vire que l’on longe vers la gauche jusqu’à arriver au pied du dièdre de départ (dièdre et spits visibles au dernier moment).

Matériel : la voie est semi équipée, prendre cordes 2x50m, 1 jeu de friends en doublant les camalots n°1 et 2 et 3, 1 jeu de coinceurs.

La voie :

L’entrée. L1 : 6b (30m – 3 spits) : remonter le fameux dièdre. Relais sur 1 spit à compléter avec un friend.

L2 : 2 (40m – 0 point) : traverser la vire vers la droite jusqu’au bout, relais sur le sapin.

Le plat. L3 : 5c (40m – 0 point) : directement au-dessus du relais, remonter le 

dièdre qui part en ascendance à gauche, une fois sorti de la fissure tirer au plus facile en restant en ascendance à gauche en direction d’un grand dièdre en mauvais rocher. Relais sur 2 spits avant ce dièdre.

L4 : 5a (45m – 0 point) : remonter au plus facile en ascendance à droite en visant un gros arbre au pied d’un mur fissuré que l’on remonte. Relais sur arbre sur la grande vire.

L5 : 2 (40m – 0 point): traversée sur la vire vers la gauche jusqu’au pied d’un dièdre légèrement déversant. Relais sur arbre.

L6 : 5b (45m – 0 point) : remonter le dièdre puis une jolie mais courte fissure permettant d’arriver sur une vire. De là en ascendance à gauche au plus simple pour franchir un dernier mur donnant accès à une large vire. Relais sur arbre.

L7 : 2 (35m – 0 points) : remonter les pentes d’herbes au-dessus du relais vers la gauche jusqu’à être au pied de la paroi terminale, puis traverser à gauche, continuer sur une vire légèrement descendante jusqu’à trouver le relais sur 2 pitons.

Le dessert. L8 : 6a/b (35m – 7 spits, 1 piton) : remonter le mur à droite puis à gauche puis revenir à droite et franchir un bombé. Relais sur 1 spit + 1 piton.

L9 : 5c (35m – 1 spit, 2 pitons) : remonter le dièdre qui démarre à gauche du relais, puis traverser à gauche au niveau du spit pour s’engager dans un second dièdre. Continuer au mieux jusqu’au deuxième arbre où l’on fait relais.

L10 : 5a (20m – 0 point) Remonter au plus simple dans un système de fissures faciles jusqu’au plateau. Relais sur arbre.

 

Merci à Arnaud Becker et Jean-Christophe Dimanche de la FFME pour le prêt du perfo.

Del & Rama !

 

Quelques photos de l'ouverture d'Entrée - Plat - Dessert

IMGP0727Le super dièdre de L1, celui qui nous a donné envie de venir ouvrir là !

P1070999Steph entrain d'enchainer le dièdre, un joli petit 6b.

P1080040C'est ça l'ouverture ;) !

P1080045Sortie du petit dièdre de L3.

P1080068Au milieu de L8, une des longueurs qui nous en aura le plus fait baver, et qui est maintenant bien protégée.

IMG_20150606_130532Steph à l'attaque de L9

P1080095Bien calmés au sommet !

 

 

Et pour le récit complet (et bien long) de l'ouverture du Poids des Armes c'est par là :

 

Grande Roche Saint Michel - Le Poids des Armes - Le blog du team ralouf

Un petit week-end pour ouvrir une grande voie... 250m, TD+/ED-, TA (P2), 7b( ?) max, un bon 6b+ oblig ! 3 jours dans la face. Matos nécessaire : 3 jeux de friends, 50 pitons 26 spits 60 litres de flotte 6L de rouge un tiramisu un chandelier quatre pintes de bières un bilboquet et un confit de canard !

http://ontherock2thebbq.canalblog.com

Pour le récit de l'ouverture de Les Affaires Reprennent c'est par là :

Grande Roche Saint Michel - Les Affaires Reprennent - Le blog du team ralouf

Ou le récit d'une ouverture pas totalement préméditée ! Dimanche 17 mai, fin d'un weekend à la météo "légèrement" maussade par rapport aux normales saisonnières ! La veille il a neigé 15cm à Chamrousse... normal pour un 17 mai... !

http://ontherock2thebbq.canalblog.com

 

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22 mai 2015

Grande Roche Saint Michel - Les Affaires Reprennent

Ou le récit d'une ouverture pas totalement préméditée !

 

Dimanche 17 mai, fin d'un weekend à la météo "légèrement" maussade par rapport aux normales saisonnières ! La veille il a neigé 15cm à Chamrousse... normal pour un 17 mai... ! Dans le Vercors il a plu à verses, mais ça y est la météo est de nouveau annoncée au beau pour le dimanche.

Avec Rama on décide d'aller faire un peu de terrain d'aventure, pas trop loin de la maison. C'est la première fois de l'année qu'on va ressortir les friends, et on part direction Le Poids des Armes, la voie que l'on a ouverte l'année dernière en 4 jours épiques avec Pierre Buddy la malice et Sancho dé la Roca ! En effet, à notre connaissance la voie n'a toujours pas été répétée, ni pas nous ni par quelqu'un d'autre, et ce serait une belle première voie de TA pour commencer l'année.

7h30 départ de Grenoble. Au chaud dans la voiture, en route vers Lans en Vercors une pinte de café chacun à la main, on disserte en rigolant un peu jaune du plafond nuageux bien bas et de la température bien basse elle aussi, alors que météociel annonçait beau temps... Arrivé au parking du stade de neige nos doutes sont amplement confirmés : on se les gèles !!! Les nuages sont accrochés sur les crêtes... bon on verra bien.

Après 1h d'approche qui nous réchauffe tranquillement, on arrive à la chaîne des rappels de Faite souffrir les marmottes. En plein brouillard ! On ne voit même pas à 20m en regardant dans le vide. Ce matin on avait vu les nuages accroché sur le haut de la face du coup on se dit qu'en un ou deux rappels on retrouvera le soleil qui doit être juste sous les nuages. 5 rappels plus tard, il faut bien se rendre à l'évidence : toute la face est bien prise dans le-dit nuage ! Visibilité à 50m, l'ambiance est un peu glauque sur la vire de départ.

IMGP0652L'ambiance moite au départ des rappels

On passe au pied de Faite Souffrir les Marmottes, l'ambiance dans les trois premières longueurs est au canyoning ! Rincée par la pluie de la veille il semble bien que l'intégralité de la paroie a décidé de s'écouler dans ce dièdre! On dépasse le départ pour aller voir le départ de notre projet du jour : Le Poids des Armes... ah bin c'est tout trempé aussi !

C'est balo tout ça ! Nous voilà au pied d'une face que l'on a descendu en rappel, sans possibilité de la remonter... il est 10h du matin... et bien la journée prend une tournure nouvelle ! On commence à envisager la suite : il va falloir trouver un moyen de descendre jusqu'au Plateau du Peuil dans ces couloirs de terre bien raides, puis faire du stop, remonter de l'autre côté du Vercors à Lans puis au parking... tout cela passerait encore si on avait pas laissé un sac en haut des rappels qui contient évidemment : les clés de la voiture !!

Bref ça sent la super journée rando-galère ! Encore heureux qu'on a pas laissé les baskets en haut (ça ne nous avait quand même pas traversé l'esprit mais on aurait pu en être capable)!

Dissertant sur ces perspectives peu enthousiasmantes et qui devraient occuper notre journée d'une manière originale jusqu'à relativement tard, l'oeil du rama traine sur les piliers et dalles à gauche de la ligne de rappel. Et il s'avère que c'est beaucoup plus sec que le secteur marmottes - poids des armes !

En y jetant un coup d'oeil de plus près (dans le brouillard - visi à 50m...), et sur les conseils avisés de Rama qui avait déjà plus ou moins regardé la ligne quelques jours avant, décision est prise d'aller faire un tour de "repérage" sur cette zone de la falaise, des fois qu'il y ai une voie pas trop dure à y ouvrir.

De toute façon on ne risque pas grand chose : on va voir. Si ça passe on monte un peu plus haut, quand ça ne passe plus on redescend et on rentre à pied puis en stop puis on fait trois fois le tour du Vercors, etc...

L'avantage avec un "repérage" c'est qu'on ne peut pas buter ! Pas d'objectif précis : pas de but !

C'est parti donc pour le repérage. Heureusement pour Le Poids des Armes on avait embarqué pas mal de matériel, un jeu de friends et un jeu de câblés complet mais aussi une bonne douzaine de pitons, c'est ce qui va nous permettre de sortir !!

IMGP0656Premier relais au pied de la face

 

Les Affaires Reprennent

On repasse au pied des rappels des marmottes, puis filons une centaine de mètres plus au sud. Dans le brouillard pas facile de repérer une ligne jusqu'au sommet, du coup on regarde les attaques possibles, tout en essayant d'imaginer la suite dans le bouillard. Pas ce dièdre il est trop dur, pas cette fissure elle est trop terreuse, pas ce pilier il est trop lisse... On finit par se mettre d'accord sur une fissure large, et largement pourvue en touffe d'herbe, parfait pour un échauffement. Shifumi, je gagne, c'est parti ! Quelques minutes après me voilà en haut de la fissure herbeuse, c'est à dire à pas bien plus que 5m du sol, et me voilà confronté à un premier problème, THE dalle. C'est pas grand chose, juste 5 - 6m de haut tout au plus, avec quelques bonnes prises au milieu... mais ça doit valoir son gentil petit 6a/b et c'est complètement lisse, sans la moindre fissure pour protéger, je préfère ne pas attaquer par me mettre une trouille bleue au petit dèj.

Désescalade.

IMGP0659La face au dessus de nous, on n'y voit quand même pas grand chose... et c'est quand même bien trempé !

Essai dans le dièdre n°2. Terreux, mais bien fissuré pour les pitons ! C'est un peu gras car il y a quelques touffes d'herbes encore humide de pluie mais ça se remonte plutôt bien, un 4+ / 5a, ça c'est mieux pour l'échauff ! A 25m du sol j'arrive à un sapin, au dessus ça se corse : relais vaché ! Rama me rejoint, ça sent beaucoup moins la détente pour lui pour la longueur qui va suivre. Il faut attaquer en traversée à droite dans un bombé bien lisse, puis remonter tout droit mais on ne voit pas trop à quoi ça ressemble à cause du bombé, à part qu'il y a l'air d'avoir deux ou trois fissures.

Rama attaque, distribution copieuse de grands coups de marteaux pour flanquer à une fissure deux premiers pitons, puis c'est le bombé. Mais avec ses grands bras, cela ne lui pause pas tant de soucis, il avance vite, sur des tout petits pieds, sans possibilité de retour ! C'est donc là que ça se corse, le bombé franchi, steph arrive à la zone censée être "plus facile et fissurée", elle est bien fissurée mais les fissures sont bouchées! Du coup installé sur ses toutes petites prises de pieds, rama tente péniblement la séance d'essayage de tous les pitons que l'on a apporté pour voir lequel rentrera le mieux dans cette fissure récalcitrante. Après 20min d'un martèlement fébrile, on peut maintenant observer 3 lames plantées de 2 ou 3cm chacunes.. et un rama entrain de se tapper une bonne gigitte! Les 3 points clipés réalisant à eux trois un cas d'école de "moral point" (point ayant la décence de tenir au moins le poids de la dégaine - hautement gratifiant pour le moral), rama enquille avec la suite de la longeur, mais quelques mètres au dessus les difficulté s'estompent, et il fait relais sur un sapin au bout de 25m. En second j'enlève chacun des pitons en un ou deux coups de marteaux, pour une cotation qui vaut son petit 5c, c'est bon steph est parfaitement réveillé !

Troisième longueur : toujours dans le brouillard, notre visibilité limitée à 50m nous permet d'imaginer la suite. Je démarre droit au dessus du relais dans une volée de dales relativement couchées, et déroule une trentaine de mètres assez rapidement dans du 3+/4 qui fait très plaisir : facile à protéger, facile à grimper, c'est parfait ! J'arrive à un sapin où j'envisageais un relais potentiel, mais ce dernier laisse apparaitre ses racines à l'air libre telles des vieux chicots mal chaussés. On ne sait pas trop si c'est le sapin qui tient le cailloux dans lequel il a poussé ou si c'est l'inverse. Bref pas de relais ici, mais de toute façon 6 - 7m au dessus de moi il y a l'air d'avoir une bonne vire avec des arbres pour le relais. "Rama je continue" ! Sauf que pour atteindre la vire il faut grimper une petite fissure, bien pourvue en prise - branlantes, et en fissurettes - gluantes. Petit combat pour protéger la section, premier plantage de piton qui rentre dans la fissure comme dans du beurre "ce clou ne vaut rien", deuxième piton, celui là est béton! L'esprit plus décontracté je finis la fissure et me rétabli sur la vire en m'agripant à un arbre qui me permet de faire mon relais la minute d'après !

Et bien pour un repérage on en est déjà à trois longueurs, c'est tout à fait honnête cette petite voie !

IMGP0662L'ambiance brouillardeuse de la face

Rama me rejoint rapidement et nous évaluons à nouveau la situation, nous sommes sur une vire étroite mais où clairement des chamois circulent régulièrement, il y a quasiment un vrai chemin et des crottes partout ! Steph se décale de 50m vers la gauche et découvre un petit dièdre, bien raide mais court et pourvu d'un sapin en plein milieu, parfait pour l'assurage, c'est parti on continue par là ! Steph attaque le dièdre, mais le départ est trempé, joli adhérence sur dalle mouillée, ça paaasse! La suite du dièdre déroule un peux mieux, puis un crochet droite gauche dans un mur un peu expo et voilà rama au relais sur un gros sapin posé sur une vire bien large... what else !

Seul petit soucis, la suite, ah bah ça a pas l'air gagné ! Exploration de notre univers qui nous entoure (on y voit toujours à 50m), à droite ça déverse, c'est sur que ça passe pas, tout droit ça pourrait éventuellement le faire mais là c'est trempé, reste à aller voir à gauche sur une vire qui part dans le brouillard. Mais après un rapide repérage, il s'avère qu'il n'y a rien non plus pour nous par là bas, la falaise est trop raide.

IMGP0660En cours de repérage pour la suite de l'itinéraire au dessus de cette quatrième longueur. Par là c'est mal parti !

Bon et bien voilà, fin de cette ouverture, on sera quand même bien monté ! C'est rageant il n'a l'air de rester que 80m pour aller au sommet ! 

Nous entamons une descente en rappel qui promet d'être longue. Le premier nous redépose à la vire à chamois que nous avons quitté il y a un peu plus d'une heure, et on décide d'aller voir si un peu plus au sud elle ne nous amènerai pas quelque part où nous pourrions sortir au sommet. On jette un coup d'oeil, ça a l'air de passer... les affaires reprennent !

On suit la vire une cinquantaine de mètres puis elle se perd dans un couloir d'herbe que l'on remonte facilement. Enfin on arrive au pied d'une dernière falaise, que tout de suite on estime grimpable "ouah ça a l'air génial, dans 50m on est au sommet, aller c'est parti c'est sur que ça sort en haut, c'est bon c'est gagné"...

Et bien effectivement c'est sorti en haut mais alors dans la douleur ! Au pied de la falaise on se concocte un petit relais sur un sapin pour faire le point un peu plus précis : en remontant un ensemble de fissure on doit pouvoir gagner un sapin, puis du sapin rejoindre le sommet... Si le grimpeur de tête est trop claqué, il fera relais sur le sapin en question pour couper la longueur en deux, sinon summit !

Et c'est Rama qui s'y colle. Ca démarre par une dalle pas trop raide sur 10m, mais difficilement protégeable (du coup rama ne protège pas), puis le mur final qui doit faire 35m démarre par un petit surplomb, très court et pourvu d'un micro sapin pour se protéger, mais au départ parfaitement trempé. Du coup pour rejoindre le micro sapin, rama engage, à 10m du relais, les pieds dans le mouillé sans aucune protection entre lui et moi. L'ambiance en prend un coup on n'est looiiinn de l'ambiance détendu et joviale du moment où on s'est dit que ce dernier mur allait être facile, c'est à dire il y a 15 minutes !

Mais rama rejoint son micro-sapin sans embuches. Et le dépasse même relativement rapidement, aparemment doutant sur sa solidité. Il est maintenant sur un système de fissures d'environs 10m, qu'il remonter assez rapidement en posant quelques friends, puis il arrive à une niche. De là on imaginait une sortie tout droit, ou alors une sortie vers la gauche en direction du sapin. Pour le tout droit c'est loupé, sortir de la niche par le haut a l'air franchement dur. Le rama n'ayant plus qu'une seule option commence à se crisper. Pose d'un piton, un bon cornière bien béton, le moral remonte, et sans lui laisser le temps de rebaisser, steph s'embarque dans une traversée vers la gauche qui vue d'en bas a l'air bien stressante. J'évite une volée de pierres, les prises de pieds ont l'air pourries, rama a traversé de 5m à l'horizontal, il est maintenant à l'aplomb du sapin, plus que 4m à faire pour y arriver et passer une bonne sangle autour du tronc, mais avant ça, il faut poser une protection. Tentative de poser un friend, ça ne fait pas, la taille n'est pas la bonne il faudrait un 0.5, et bien entendu le 0.5, il est déjà posé plus bas. Tentative de poser un câblé, ça ne fait pas non plus. Les jambes du pauvre rama commencent à bien trembler, ça sort un piton, martèlement fébrile, le clou ne vaut rien... ça clipe quand même, rama sort un deuxième piton du porte-matos, puis un troisième, le tout donne un ensemble relativement convenable, de toute façon il n'a plus le choix, dans 4m faut qu'il soit à l'arbre sinon ça va mal se passer. Il attaque, ça démarre en fissure, puis ça se redresse juste ce qu'il faut pour déverser un tout ptit peu, le rama crie, attrape la branche du sapin... c'est fait ! Mais il ne s'arrête pas encore, moi qui croyais qu'après un effort pareil le pauvre rama n'aurait plus de moral du tout pour continuer, et bien il continue quand même ! En fait mon raisonnement était le bon : il n'a effectivement plus de moral, il a totalement débranché, il n'habite plus dans le même monde, sa réalité est ailleurs... Il plante un piton, puis un deuxième juste à côté... Et sort les 10m de la face restant sans rajouter la moindre protection. Sa réalité est ailleurs.

Dernière longueur

"YEEEEEEEEEEEEESSSSSSSSSS" !!! Revenus parmis les vivants, Rama balance un formidable hurlement (vibrations ressenties à 6.4 sur l'échelle de Richter à Villard de Lans), et reprend contact avec le monde réel : ici il fait soleil, plus de pierres qui tombent, plus de vide sous les fesses, plus de chance de se mettre la gamelle du siècle, rien que du plat et de l'herbe grasse. Et la sensation d'avoir accompli quelque chose de bien. Je remonte la longueur bien assuré par les cordes, et bien le rama s'est sacrément gavé. A l'exception du cornière dans la niche que je n'ai pas pu retirer, tous les autres pitons étaient complètement foireux. Joli longueur, mais dangereuse quand même.

Au sommet c'est l'euphorie ! C'est bon on l'a fait ! On a ouvert une voie, certe pas forcément très esthétique mais quand même, on a ouvert une voie, en 6h, sans avoir prévu de le faire, avec juste nos coinceurs et notre poignée de pitons ! Trop heureux ! Et puis sans compter que l'on aura pas besoins de se mettre toute la galère de redescente à pied au Peuil puis à Claix... de tout refaire la route en stop... c'est magnifique !

IMGP0681Bien contents au sommet

Avec le nombre d'ascenceurs émotionnels que l'on aura eu dans la journée, en redescendant on tombe assez rapidement d'accord sur le nom de la voie, ce sera : Les Affaires Reprennent !

 

Topos et infos précises à venir bientôt.

Del

 

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21 mai 2015

España, paradis de la grimpe : retour en image sur le voyage à Margalef, Siurana et Montsant en 2014

Juste pour le plaisir, et avec plus d'un an de retard, retour sur un trip grimpe de 10 jours en espagne avec Rama Elsa Math et Sancho en avril 2014. Au menu, 4 jours à Margalef, 3 jours à Siurana, et deux jours à Montsant... On ne connaissait aucun de ces spots mythiques, on a adoré !! Belle moisson de voies pour tout le monde, que de la belle grimpe, un temps magnifique avec seulement un jour de pluie sur les 10 jours, que du bonheur !

J1 Secteur de l'Ermitage à Margalef, parfait pour entamer les hostilités avant de rentrer dans les secteurs proches du barages les jours suivants

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J2 arrivé sur les secteurs du barage, le rocher à trous est complètement dingue !

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Steph en tête dans un 6c+ absolument magnifique !P1040628

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Cochage d'un dernier 7a avant la nuit, bonne journée bien remplie !P1040712

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J3 Margalef toujours avec un secteur différent, toujours des trous, et des longueurs démentes

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Apéro du soir !

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J4 grand shifumi pour savoir qui démarre en tête !

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Elsa et Mat s'envoient sur la proue de ce joli 6b+

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Sancho dans un 7a diabolique de 35m de haut qui lui résistera pour deux petits mètres

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J5 arrivée à Siurana, c'est reparti dans un autre style mais toujours magnifique ! Steph en profitte pour cocher le 1er 7b des vacances !

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Petit incident de parcours, oeil en beurre noir en rappelant la corde sur une moulinette de 35m et en prenant le bout... en plein dans l'oeil !P1040876

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J6 Siurana, secteur Siuranella Nord et ses voies de dingue au départ de la petite vire !P1040878

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Après s'être bien gelés en plein vent sur la vire, on se décale vers la Siuranella centrale

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J7 sous la pluie, petit tour au secteur El Pati et son reservoir de voies mort dur avec notamment le 9a+ de La Rambla! Ce spot va me porter chance, j'y coche mon premier 7a+ à vue!

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J8 : Arrivée à Montsant ! Autant Margalef et Siurana sont des Disneyland de la grimpe, avec des voies (et des grimpeurs) partour, des secteurs dans tous les sens, autant là Montsant... c'est l'attraction Unique, Le spot majestueux, pas forcément notre préféré, mais ça en impose vraiment par sa grandeur, son immensité !

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Rama (à droite) et moi entrain de nous tirer la bourre dans un 7a chacun, et ça paaaaaaasse (à vue et en posant les paires, svp !), vous avez dit émulation ?? ;)

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Rama (grimpeur de gauche) dans un gigantesque et magnifique 7b de 38m ! Qui malheureusement va lui resister pour une seule et petite prise de pied qui lui empêchera de pouvoir cliper le relais ! ( après 38m de combat... y'a pas de justice!)

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Elsa en route pour son 1er 7a de sa carrière !

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Voilà un débrief un peu sommaire un an après, c'était surtout pour les photos :) !

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24 juin 2014

Grande Roche Saint Michel - Le Poids des Armes

Un petit week-end pour ouvrir une grande voie...

250m, TD+/ED-, TA (P2), 7b( ?) max, un bon 6b+ oblig ! 3 jours dans la face. Matos nécessaire : 3 jeux de friends, 50 pitons 26 spits 60 litres de flotte 6L de rouge un tiramisu un chandelier quatre pintes de bières un bilboquet et un confit de canard !

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Ca y est, on en a rêvé, on l’a fait !

Ca fait depuis je ne sais combien d’années que je lorgne cette Grande Roche Saint Michel, depuis la fenêtre de chez mes parents, ou depuis Grenoble ou depuis partout en bas dans la vallée ! On ne voit que ça quand on regarde le Vercors !

Ce bout de falaise, « planqué » entre le Moucherotte et le Pic Saint Michel, il est tellement large qu’on ne sait même pas par où le regarder, alors de là à trouver où le grimper… !

Je crois que j’ai du attaquer le premier repérage en 2006, ça remonte un peu !

Ah oui je parle de repérage parce que j’ai oublié de préciser que le but sur cette falaise, c’est d’ouvrir une nouvelle voie, pas d’en répéter une déjà existante… donc il faut aller trouver une zone grimpable, et qui soit encore vierge ! Bien sur, attends sinon c’est pas drôle !

18 piges, fraichement équipé du permis de conduire et d’une 205, c’est parti pour le Peuil et pour un repérage ! A la base je voulais prendre tout droit dans la falaise, là où il n’y a pas de vire, là où il n’y a pas d’arbre… en attendant j’ai pris surtout tout droit dans la forêt ! Mais bon à l’époque, fort d’une expérience du terrain d’aventure qui s’élevait à la pose d’environs 2 coinceurs et éventuellement un piton dans un tronc d’arbre, arrivé au pied des dalles rigoureusement lisses du pied de la face, je m’étais dit que l’affaire allait peut-être s’avérer un peu trop dure pour mon petit niveau…

Mais l’idée avait fait un peu trop de chemin dans ma tête, et la falaise était toujours là !

Du coup, l’année d’après, le souvenir de ces dalles trop lisses s’étant un petit peu estompé, je reprend le chemin (enfin je reprend droit dans la forêt), pour retourner me convaincre qu’il n’y a rien à en faire de cette face. Mais cette fois-ci j’y vais avec un pote (son CV de grimpeur s’élève à deux sorties dans sa vie mais quand même il a fait le couloir Grange…), un jeu de câblés et 3 pitons (on sait jamais)… 

Résultat des courses, 25m ouvert dans le plus pur style « il-y-a un bon dieu pour les crétins » : 25m donc, en posant un câblé taille n°1 et un taille n°2 (donc câblés de l’épaisseur d’un ongle)… Passés les 3 premiers mètres, je ne peux plus descendre, c’est la fuite en avant vers un sapin providentiel, je m’escrime quand même à y faire monter mon pote en second puis c’est le rappel et le but… maintenant quand j’y repense c’est déjà beau qu’on soit redescendu sans rien se péter…

S’en suivent encore deux montées au pied de la face, une en 2009 puis une en 2011, on ne sait jamais des fois que le bouclier de dalles se soit fissuré dans l’hiver…

Et puis finalement 2013, je n’avais pas fait mon pèlerinage bi-mensuel et les envies d’ouverture étaient plus que jamais là, j’étais donc plus que mûr !

Fin de l’été, avec Stephen (alias Rama), on part pour la Grande Roche Saint Michel pour faire la toute nouvelle voie « Faites Souffrir les Marmottes ». Une chouette balade et un nouvel accès en rappel qui donne un œil nouveau pour moi sur ce bout de falaise où passait déjà la voie Abalone. Accès en rappel donc, et arrivés au pied de la face, les réflexes reprennent le dessus, on va faire un tour de repérage… Houlaaa mais là ça a l’air bien là, y a de quoi grimper là, houla mais ça a l’air vierge ça… houlaaaa, houlaaaaaaaaaaaaaa

HPIM1492La Grande Roche Saint Michel en hiver

 

 

6 juin 2014 – 15h. Le jour des mulets.

 

Après avoir fait le tour de tout Grenoble, pour récupérer un perfo à la FFME, récupérer des spits au vieux campouz, récupérer de la bouffe pour trois semaines et récupérer Rama, nous voilà sur la route de St Nizier. Cette fois-ci on y va ! Et avec armes et bagages ! Depuis l’été dernier on a eut le temps de ruminer le projet ! On part donc pour 3 jours et demi, rien que ça ! Et on y part à quatre ! Trois jours dans la face c’est le temps qu’on a estimé qu’il nous faudrait pour décemment avoir une chance de régler l’affaire. Et quatre personnes c’est le nombre de potes qu’on a décemment estimé être cool pour sortir l’affaire dans le temps imparti, et surtout pour se marrer (l’avantage c’est que pendant qu’il y en a deux qui grimpent, il y en a deux qui font le café) ! La date est fixée depuis plus d’un mois, et la chance est avec nous : l’anticyclone du siècle est en place, ça annonce 3 jours de grand beau et grand chaud !

Bon du coup avec un plan d’ascension aussi organisé, on a un peu de mal à partir léger ! A 16h quand on arrive à Lans, c’est bien 150kg de matos qui sortent du coffre de la voiture et qu’il va falloir charrier en haut de la falaise avant de les descendre au pied de la face en rappel ! Les deux autres larons de cette histoire, Pierre (alias Buddy) et Loïc (alias Sancho dé la Roca) sont retenus dans la vallée par des raisons diverses, allant du plus vicieux « je travaille moâââ », à des sombres histoires de dentiste… ils nous rejoindront donc ce soir, on est donc bien que deux pour monter le matos et surtout la bouffe et la flotte pour quatre !

Le matin quand je m’étais rendu compte de l’accumulation de plus en plus excessive de poids dans le coffre de la voiture, et que je m’étais rendu compte que ce poids allait finir sur mes épaules et celles de Rama, j’avais essayé d’appeler tous les muletiers de la région pour louer un âne. Mais apparemment ceux-ci avaient d’autres obligations fallacieuses (même les ânes ont dentiste ce vendredi)… il a bien fallut se rendre à l’évidence, c’est sur nos épaules que ça va finir ces conneries! En arrivant au parking on a tenté le tout pour le tout en essayant vainement de soudoyer un gars de la station pour qu’il nous ouvre la barrière du Moucherotte. Ca nous aurait permit de tout monter en voiture au sommet, certes l’éthique en aurait pris une beigne, mais au diable l’éthique quand on frôle le tassement de vertèbre à chaque mouvement de sac… j’en étais là (et las) de mes réflexions quand nous attaquâmes, l’anniversaire du jour du débarquement de Normandie, à charrier tout ce merdier, à pied bien évidement.

150kg à se partager à deux, petit calcul élémentaire mon cher Watson, si on ne veut pas se retrouver avec un sac plus lourd que Rama, il faut faire deux voyages ! C’est parti pour le premier, 38 kg dans le dos de chaque personne, (pas de jaloux, c’est facile à calculer : 30kg de flotte chacun et 8kg de cordes), et 10kg dans un sac qu’on porte à deux par les poignées… 1h30 plus tard, épaules proprement sciées, on dépose la cargaison au départ des rappels.

P1050064Fin du premier portage, bien lourd de porter les 60 litres de flotte au sommet !

Et maintenant il faut redescendre à la voiture pour assurer le deuxième service ! Le rama plus réaliste que moi sur les horaires, impose une descente en footing si on veut avoir une chance de commencer les rappels avant la nuit ! Bin aller c’est parti pour le footing ! Je râle et c’est pas fini ! Arrivé à la voiture sous un cagnard toujours accablant, on charge les seulement 60kg de matos restants et c’est reparti pour un tour ! Sauf que cette fois-ci on a fait les sacs n’importe comment, les sacs qu’on a sur le dos sont lourds mais pas trop, par contre le sac qu’on porte entre nous deux et juste horriblement lourd. Du coup il nous scie la main et l’épaule qui permettent son tractage… tous les 100m on est obligé de changer de côté pour délayer un peu….. 1h35 de ralâge plus tard, on finit le portage à l’énervement… il est 20h30. Le temps de faire un packaging un peu transportable dans une falaise, les 150kg de matos atterrissent dans deux gros sac de voyages qui serviront de sacs de hissage faute de mieux, on attaque les rappels, il est 21h.

P1050066150 kg de matos qui pendent dans le premier rappel !

5 rappels de 40 à 50m nous attendent pour rejoindre le pied de la falaise où l’on désire grimper… en temps normal à deux avec Rama je pense qu’on aurait pu torcher l’affaire en 40min… « tu penses qu’on sera à quelle heure en bas des rappels ? » « Je sais pas vers 22h »… tu parles, il va nous falloir cinq heures !

La technique que l’on a mit en place pour descendre les 150kg de foutoir est la suivante : je descends en rappel, et pendant ce temps là Rama mouline les deux gros sacs qui sont liés ensemble au dessus de ma tête, comme ça je peux les guider. La méthode fonctionne bien pour le premier rappel qui est bien dans l’axe… mais pour le deuxième c’est une autre histoire ! Là on ne descend plus dans l’axe, il faut descendre de 50m et traverser de 10m vers la droite. « T’inquiètes pas Rama, tu moulines les sacs et moi je les guide ! »… Va expliquer à 150kg de matos pas contents d’être là que tu vas les guider où tu veux ! C’est de la physique de base, Newton l’avait déjà prédit cette galère là : moi je pends dans le vide avec mon poids négligeable (au moins) comparé au sacs… bon bin quand je les décale de 3m vers la droite en tirant comme un malade, les 150kg, pas contents du tout, me font revenir aussi sec à gauche et essayent même de gagner du terrain dans le sens inverse ! A ce jeu là je suis vite complètement cuit, et il fait vite complètement nuit ! Arrivé à seulement 2m du relais, un arbre me barre définitivement le passage, je n’arrive pas à lever les sacs par-dessus alors je les abandonne là. Rama me rejoint, et il nous faut encore pas moins d’une demi heure pour faire franchir à nos deux patates ces deux petits mètres dans les branches de sapin !

Il est maintenant 22h30, toujours pas de nouvelles des deux autres zigotos qui devraient être entrain de nous rejoindre dans les rappels… alors la descente continue ! C’est Rama qui part avec les sacs pour ce troisième rappel, moi je reste à mouliner le matos au relais. Après 5min de moulinage, Rama me dit d’arrêter, et il part sans le matos pour explorer la face à la frontale afin de trouver le relais du quatrième rappel. 10 minutes passent, puis 20, puis 30… « tu trouveees ? » « à ton avis ? »

A l’évidence le rama ne trouve pas le relais… et moi je bulle sévère au miens ! La vue sur Grenoble by night est magnifique mais tout de même... Je reçois des textos de mes parents qui se demandent si tout va bien. Quasiment assis dans leur canapé, par la fenêtre du salon, ils voient les frontales qui dansent en pleine paroi… et vas-y que ça monte, que ça descend, que ça se croise… pour une descente en rappel c’est mal organisé tout ça ! Petit sms rassurant « Tout va bien ! » Enfin je serais mieux au bivouac quand même ! Et toujours pas traces de Sancho et Pierre qui font de la course d’orientation sur les crêtes à 23h30, à la recherche des rubalises qu’on leur a mis en place pour qu’ils aient une chance de trouver le premier relais de rappel !

Bref, une heure passe, Rama jette l’éponge et s’assoit sur une vire, à mon tour d’aller explorer, on verra bien si j’ai plus de chance. Rama m’informe qu’il connait maintenant la totalité de cette zone de la falaise au monodoigt près, et qu’il n’a rien trouvé. Il me faut encore plus d’une demi-heure d’exploration pour constater que le relais est sous nos fesses, totalement en bout de corde ! C’est pour ça qu’on ne l’avait pas vu ! Rama remonte au relais supérieur pour mouliner les sacs, je repars avec les patates !

P1050069Rama entrain de remonter à la corde fixe après qu'on ai passé 1h30 à trouver le quatrième relais de rappel !

Sancho et Pierre ont pendant ce temps là reçu un radio-guidage pour trouver nos fameuses rubalises, et leur course d’orientation prend fin. C’est maintenant 4 frontales qui descendent dans la paroi à des étages différents ! C’est un joyeux bordel, mais que voulez vous on est vendredi soir, faut bien faire un peu la fête, alors ça braille dans tous les sens !

Encore deux rappels avec le matos, la cordée Pierrot-Sancho, bien moins chargée, va bien plus vite et nous rattrape au moment où nous arrivons enfin au pied de la falaise. 2h du mat, il était temps ! L’arrivée au bivouac sent bon la relève, Pierre et Sancho sont aux petits soins, le repas fini dans les assiettes sans que Rama ni moi n’ayons levé le petit doigt. Ca débriefe, le cubi de Cabernet Sauvignon qu’on s’est fait chier à charrier avec la préciosité d’un vase en porcelaine de chine est ouvert pour l’occasion, et le rouge coule à flot ! Et pour conclure cette excellente soirée, Rama nous sort sa surprise !

Cette histoire de surprise remonte à l’expé de cet été au Svalbard : le but c’est que chacun ramène quelque chose qui profiteras à tout le monde, à manger à boire ou complètement autre chose mais il faut que sa profite à tout le monde à un moment du séjour ! Rama visiblement veut s’en débarrasser rapidement : et pour cause, c’est un superbe tiramisu fait maison qu’il extraie de son sac pour le dessert ! Tout simplement irréel de manger quelque chose d’aussi bon dans un lieu pareil après en avoir autant chier pour venir !!! Couchés à 4h du mat, le ventre plein, ça c’est une conception de l’escalade qui me plait !

P1050071Pierrot allias Buddy !

P1050072Stephen plus connu sous le nom de Rama !

P1050073Loïc dit Sancho !

 

 

Samedi 7. Début des hostilités ! 

 

C’est bien beau de se ruiner la santé à charrier quatre personnes et tout ce matériel au pied de la falaise, mais revenons en à nos moutons, maintenant il va falloir faire quelque chose de tout ça ! D’autant plus qu’avec les deux nouveaux sacs de Pierre et Sancho, l’addition s’élève maintenant à 200kg de matériel. Matériel qui nous regarde, sourire en coin, à l’idée qu’on puisse envisager de le hisser au sommet de la montagne, qui plus est en empruntant une nouvelle voie !

A 7h30 du mat, tout le monde est déjà hors des duvets, on est en face Est, le soleil tape dur depuis plus d’une heure et on crève de chaud ! Après avoir bien fait trainer le petit dèj, on attaque enfin. C’est Rama et moi qui grimpons les premiers, pendant ce temps là Sancho et Pierre vont décaler les affaires de bivouac à un endroit plus confortable et surtout plus abrité du soleil en prévision de la grasse mat’ traditionnelle du dimanche matin !

Arrivés au pied de la fissure que nous avions repéré pour attaquer, petit coup d’œil circonspect, « dit donc c’est un piton que je vois là »… Le bâtard de piton ! Faut bien se rendre à l’évidence, de ce côté-ci, c’est plus vraiment vierge ! Comment on a pu rater ça au repérage ! Heureusement une autre ligne, 50m à droite, a l’air de nous permettre de rejoindre la vire que nous envisageons pour le premier relais. Ca a l’air plus dur mais bon, on est venu ouvrir bordel ! Allez c’est parti !

Les 10 premiers mètres sont en rocher affreux, pas pitonnable du tout, enfin ça sent l’usage de spits à outrance d’entrée de jeux. J’attaque, effectivement le rocher est affreux et encore c’est peu dire ! C’est pas du rocher, c’est des écailles plaquées les unes sur les autres par du sable ! Au bout de trois secondes j’en ai de partout ! Je mets quasiment 2h à surmonter le passage de rocher pourri en utilisant déjà 4 spits ! Les trois premiers sont plantés à une vitesse alarmante, la mèche du perfo n’a visiblement aucun problème à pénétrer un rocher aussi friable, j’ai un peu peur de tout arracher mais le quatrième point fini par atterrir dans une zone de rocher béton. Bien calmé, du sable plein les yeux, les oreilles et le caleçon… j’arrête les frais et passe le relais à Rama ! « Grimpeur neuf !! »

Maintenant le rocher est bon, mais il faut passer un petit toit en artif. Rama plante un piton, qui s’enfonce de 1cm, puis un autre, même combat… impossible de se vacher là dessus mais il les utilise quand même comme prises ! Un troisième piton vient compléter la panoplie du parfait artifeur en détresse mais celui-là a la politesse de tenir le poids de Rama. S’en suit quelques mouvements non référencés dans les manuels d’escalade pour caler un friend, un dernier piton et le toit est sorti ! On est à 10m du sol… ça fait 3h qu’on a attaqué ! La face fait 300m, à ce rythme on y est encore la semaine prochaine ! Rama s’envoie maintenant dans le dièdre qui fait suite, et en libre cette fois-ci. Mais ce n’est pas cadeau du tout. 4m de reptation, petite jambe tremblante de circonstance, quelques pitons hasardeux et une tentative de poser un ultime friend plus tard, le Rama cède la place à son tour ! « Grimpeur neuf » !

P1050075Rama entrain de régler son compte au toit de L1 en artif

P1050088La tronche des pitons dans ce superbe passage... ça donne envie de tirer dessus !

Pendant ce temps là, je pars explorer le nouveau bivouac que Sancho et Pierre ont installé ce matin. C’est une belle zone bien plate, abrité des chutes de pierres par un gros surplomb. La cuisine est équipée d’une petite grotte qui fait office de frigo pour mettre les bouteilles d’eau et le cubi au frais, ils perdent pas le nord les deux autres ! Un bel arbre permet de fermer le tout aux rayons du soleil qui souhaiteraient nous tirer des duvets trop tôt demain matin, c’est parfait ! Je me pose sur un gros bloc pour manger un morceau, et constate un bout de bois d’une forme étrange qui dépasse de sous le bloc… qu’est-ce que c’est que ce truc ? Je tire sur le bout de bois, qui en fait de bout de bois se révèle être… une carabine ! Une vraie putain de carabine, comme au Svalbard ! Le bois est bien bouffé et la culasse a sacrément rouillée mais ça reste une carabine !! Probablement de la seconde guerre mondiale. Je retourne au pied de la face avec ma trouvaille, Pierre a attaqué à grimper à partir du dernier point atteint par Rama. Vas-y Buddy !!! (fusil en main, il a intérêt à grimper l’animal !)

Mais de toute façon, même sans carabine aux fesses, Pierre va se lâcher comme un malade pour finir la longueur ! Il réussit à caler le friend que Rama avait repéré, puis pose un spit, maintenant que c’est protégé béton, Pierrot va débrancher le cerveau : c’est parti pour la fin de la longueur, 2 malheureux friends plus tard, le dièdre est surmonté, attention comme ça a l’air dur vu d’en bas, alors vu de dedans je ne veux même pas savoir ! Il reste encore quelques gradins plus faciles puis Pierre se vache enfin à l’arbre qui est renommé aussi sec « R1 » ! Beau travail d’équipe, il aura fallut trois personnes et 4h30 pour grimper 40m ! Sancho part en second dans la longueur et récupère tous les friends, apparemment les deux derniers friends de Pédro tenaient plus du « moral point » que du friend béton… gros gavage de Pierre ! Ils installent une corde fixe pour que l’on puisse faire la navette entre R1 et le sol, ça c’est fait !

P1050081Pédro vient de torcher la fin de la première longueur !

Heureusement L2 va se passer beaucoup mieux, c’est Sancho qui part en tête dedans, pendant ce temps là Rama et moi finissons de dépitonner L1 et hissons un sac de matos à R1. On est maintenant tous dans la falaise !

P1050089Rama entrain de remonter la fin de L1 sur la corde fixe, vue sur le dièdre bien costaud qui fait suite au toit franchi en artif.

Sancho grimpe dans un dièdre qui n’a pas l’air très compliqué mais où le rocher est un peu traitre. La fin de la longueur ressemble à une pile de gros moellons posés les uns sur les autres, et attention de ne pas trop chatouiller médor, médor est susceptible ! Heureusement Sancho s’en sort super bien, sans rien faire tomber et surtout pas lui, et le tout assez rapidement ! Là un nouveau sapin fait office de R2, et en plus il y a une vire pour se poser ! Je monte en second en récupérant les coinceurs, et en trainant une corde fixe.

P1050092Sancho en fini avec la deuxième longueur

Le but aujourd’hui c’est de grimper le plus haut possible dans la face, en installant le plus possible de cordes fixes (on en a 150m), puis de se laisser glisser jusqu’au bivouac le long des cordes, et remonter le lendemain pour reprendre du point où l’on se sera arrêté. A partir de là se sera banzaï avec tout le matos jusqu’à la grosse vire qui marque les 2/3 de la face, et où nous planifions de passer la nuit de dimanche soir. Restera le lundi pour sortir le dernier tiers jusqu’au sommet, mais on n’en est pas encore là.

Maintenant que l’on a grimpé tous les quatre en tête, c’est à mon tour d’y retourner, c’est parti pour L3. La ligne qui nous parait la meilleure emprunte une fissure large qui termine en cheminée, et qui n’a pas l’air trop compliquée. Je pars là dedans sans prendre trop de matos, pour pouvoir grimper confort. Le début est en 4, ça fait plaisir d’avancer dans du facile ! Puis un petit passage plus dur en 5c super bien protégeable, et enfin la cheminée, facile elle aussi, et tout aussi protégeable… en tête là dedans je jubile ! J’arrive au sommet de la cheminée et me décale sur un petit éperon où trône un magnifique… sapin ! C’est trop bien cette face, il y a un sapin tous les 40m pour faire les relais ! Bon celui là on se demande comment il a poussé là, à cheval sur son éperon, complètement battu par le vent ! Mais il tient bon alors maintenant son ptit nom c’est R3 ! Je jette un coup d’œil à la suite, ça a l’air beaucoup, beaucoup plus dur, mais sous l’effet de l’excitation, je vois des lignes grimpables de partout ! « Vas-y rama monte, ça a l’air trop beau la suite !!! »

P1050093Rama dans la super fissure de la troisième longueur, de la grimpe facile sur du bon rocher !

Rama me rejoint donc en moulinette à R3, à son tour de grimper en tête ! Moi je suis dans la décontraction la plus parfaite, j’ai fait ma longueur ! Après Rama il reste Pierre et Sancho qui doivent re-grimper en tête avant que ça ne soit de nouveau mon tour, alors autant dire que vu l’heure, je suis en vacances pour la fin de la journée ! Assis à califourchon sur mon relais, vue plongeante jusqu’au pied de la face, j’ai la patate ! Rama lui n’a pas grimpé en tête depuis bien 3h maintenant, et la vue de SA future longueur a l’air de lui inspirer autant de scepticisme que moi d’excitation. « Ouais c’est peut-être beau mais ça a l’air vachement dur ta ligne là… » En substance, ma réponse a du être un truc du style, « m’en fout, grimpes ! »

Du coup le Rama part, armé jusqu’aux dents, pour aller ouvrir cette L4 qui s’annonce déjà comme une des longueurs les plus dure de la voie. Le départ n’est pas trop dur, puis la suite l’est beaucoup plus ! Plantage de piton, progression, hésitation, perforation !

P1050097Un Rama bien concentré au départ des difficultés de L4, il reste du boulot pour sortir au sommet !

Pendant ce temps au relais on perd des degrés par tranche de 10 ! Ce midi quand on a tous quitté le pied de la face, on crevait de chaud au soleil ! Maintenant la falaise est à l’ombre et ce troisième relais est en plein vent. Je me suis fendu du seul T-shirt que j’avais emmené pour me couvrir, Pierre qui m’a rejoint est couvert de la même manière, personne n’a de polaire… Ah c’est bien d’avoir 200kg de matos… au pied de la face !

Le Rama lui est loin d’avoir froid, visiblement il a même très chaud ! Le spit qu’il vient de mettre, il l’a mit main gauche ! Pour un droitier pas ambidextre du tout, ce n’est pas rien ! Le spit n’est pas le plus beau qu’on l’ait vu mettre, mais dans du bon rocher ça tient. Pour la suite en libre on repassera, rama essaye donc toutes les fissures (bouchées) pour pitonner. Un cornière plus tard, fin du combat, c’est un rama fatigué qui redescend se reposer à R3 ! Pierre et moi on est complètement gelés. Aujourd’hui il doit faire 38°C sur toute la France, mais nous on se les pèle ! Faut-il être bête ! On pourrait redescendre le long des cordes et être au chaud au bivouac en 15min, mais non, il reste encore 2h de jour, alors on continue !! C’est Pierre qui y va. Il rejoint maintenant le dernier piton de Rama, fait quelques mouvements de libre et administre à la falaise un spit supplémentaire. Ca avance mais c’est rude ! Lessivé par le combat du perçage, le Pédro redescend une fois le spit posé.

Non parce que c’est vrai que je vous la fait courte à chaque fois, mais pour poser un spit… ça prend son temps ! D’abord le grimpeur va devoir hisser son cul à une hauteur décente justifiant l’emploi dudit spit (bien généralement la décence commence à 50cm du point d’avant). Le grimpeur, alors bien mal calé sur quelques anfractuosités lui servant de prises de pieds, commence à se maintenir avec sa main gauche. Et là on est visiblement dans du 7è degré, alors la main gauche, elle tétanise fissa. Pendant ce temps là, la main droite n’est pas en reste puisqu’elle tente très péniblement de dégager le perfo qui pend en bandoulière au cou du grimpeur. La lanière ayant franchit l’étape de l’épaule, du casque, fait tombé les lunettes de soleil au pied de la face, le perfo est dorénavant libre et la main droite est maintenant prête à percer. Elle perce donc. 5kg de perceuse à bout de bras en mode percussion, la totalité de la poussière évacuée lors de cette action rocambolesque vous finit dans les yeux, le trou est fait. Vous n’y voyez plus rien et votre main gauche est maintenant à deux doigts de la défaillance. Vos deux jambes sont agitées de tremblements compulsifs, témoins de la peur qui vous envahit au sujet de votre main gauche, et des crampes au sujet de vos deux mollets. La main droite ayant réussit à réenfiler le perfo en bandoulière, vous vous munissez frénétiquement du spit que vous venez insérer dans le trou, il vous faut encore lui administrer quelques coups de marteau bien sentis pour finir de le bourrer dans son emplacement final. Maintenant votre bras gauche va exploser c’est sur, mais il faut encore que la main droite attrape la clé de 17, tourne l’écrou de quelques tours pour expanser le goujon puis range la clé sans la droper directement sur la tête de votre assureur qui lui, dort à poings fermés. Au bord de l’attaque cardiaque vous pouvez enfin vous munir d’une dégaine, la clipper, y insérer la corde et là vous pouvez enfin tout lâcher, votre assureur (réveillé en sursaut) fera le reste !

Donc quand je dis « Pierre a posé un spit », c’est bien d’une action héroïque dont il est question, qu’on s’entende !

Je dis tout ça parce qu’une fois que Pierre a posé son spit et qu’il est redescendu à R3, je décide d’aller en poser un dernier dans le début de la dalle qui sera au menu du lendemain. Ca nous fera gagner un peu de temps demain matin, et ça va me permettre de me réchauffer un peu. Tout se passe comme indiqué dans la notice fournit ci-dessus, et c’est donc complètement rincés que nous redescendons tous les trois à R2 où est resté Sancho, puis tous les quatre jusqu’au bivouac pour aller prendre un apéro bien mérité !

P1050099La super vue qui nous accompagne tout le long : la Grande Roche St Michel !

P1050100Pierrot assure au troisième relais, on se demande comment ce sapin a pu pousser sur un éperon pareil !

Bivouac 5 étoiles ce soir encore. Après deux tournées de thé pour se réhydrater, à mon tour d’exhiber ma surprise, 4 pintes de bières fraiches et un jeu de coinche ! Malheureusement deux des pintes ont bien mal vécues la descente dans les sacs de hissage, et se sont à moitié vidées. A côté du tiramisu de Rama je fais un peu pâle figure. La nuit tombe pendant que l’on joue aux cartes, le rouge remplace la bière, et la musique est de plus en plus forte. La musique ? Quelle musique ? On va voir au bout de la vire, on distingue 3 camions, tout en bas au niveau du plateau du Peuil, qui sont entrain de s’en donner à cœur joie en mode rave party ! Grosse trance-électro de barbare, et nous en haut de notre falaise on ramasse toutes les basses en plein dans la gueule, c’est vous dire ce que sont entrain de se mettre dans les oreilles les mecs qui sont devant les baffles.

DSC05801Rama, moi et Pédro entrain de dîner aux chandelles : coq au vin au menu du deuxième bivouac !

La nuit tombe totalement, c’est au tour de Pierre de nous sortir sa surprise : il sort fièrement de son sac un chandelier !! Un chandelier et trois chandelles ! Dîner aux chandelles ce soir messieurs dames, et au menu se sera coq au vin, préparé par maitre Sancho ! Lui aussi nous sort sa surprise, et pour rester dans le style « pas lourd » qui a caractérisé les autres surprises, Loïc nous sort un magnifique bilboquet ! Au boulot on avait pendant un moment lancé un véritable concours de bilboquet, c’est à celui qui arrive à en faire le plus d’affilée. Et bien ce soir au pied du Moucherotte, au rythme de la trance, on fait du bilboquet, éclairé par un chandelier… le fusil posé sur un caillou… avec la vue sur Grenoble by night ! Parfaitement irréel !

Le coq au vin englouti, la fin de la soirée est consommée en épiloguant sur les raisons qui ont pu amener quelqu’un à déposer un fusil à cet endroit aussi inaccessible. Pierre qui s’y connaît un peu en carabine nous explique que c’est un modèle anglais, probablement utilisé par un résistant. On essaye de retracer son histoire, mais malheureusement on n’arrive pas bien à lui trouver une fin heureuse. Pour que ce gars ne soit jamais revenu chercher son fusil à cet endroit…

Couchés complètement crevés par cette longue journée, on intègre les duvets… bom bom bom bom la trance, elle, n’est pas couchée !

 

Dimanche 8. La bagarre !

Un nouveau, jour, un nouveau ptit dèj ! Aujourd’hui comme prévu on a fait la grasse mat’ ! Pas fous, on est dimanche quand même ! Et chez nous le ptit dèj c’est sacré, si on y passe pas au moins une heure et demie on ne décolle pas, alors on ne va pas attaquer tôt à grimper !

Je suis bien reposé mais ce n’est pas le cas de tout le monde ! Rama était le plus mal calé du bivouac, son emplacement était exposé au vent, aussi il a bouffé de la poussière toute la nuit. Au réveil il tousse comme un tuberculeux, même après deux tournées de thé ! Sancho, grand adepte de rave party, n’a pas fermé l’œil de la nuit ! Le bom bom bom lui a tapé sur le cerveau et il a l’air passablement crevé voire légèrement énervé que trois teufeurs irrespectueux lui aient bousillé sa nuit dans un endroit aussi reculé ! Surtout qu’ils ne lâchent pas l’affaire les teufeurs, il est 10h du mat et la fête bat son plein !

DSC05806Le ptit dèj après la grasse mat', la carabine est toujours prête au cas où l'un des teufeurs déciderait de se pointer... !

Chez nous ça ingère les pintes de café nécessaires à l’ouverture des paupières, et ça parle plans de bataille ! Aujourd’hui c’est le jour J, il faut sortir le deuxième tiers de la falaise, arriver à la grande vire coûte que coûte, et y hisser tout le matos pour bivouaquer ! On va donc faire deux équipes, une qui grimpera L4 que l’on a commencé la veille, puis la future L5, et on devrait à ce moment là ne plus être trop loin de la vire. Pendant ce temps là la deuxième équipe aura la (très) lourde tâche de remonter toutes les patates de matos jusqu’au sommet de la face. Le truc vicieux à ce petit jeu là c’est que si les deux premiers n’arrivent pas en haut avant la nuit, bin les deux seconds auront hissés les 200kg de matos dans la face pour rien, et il faudra encore tout redescendre jusqu’au pied de la voie, avant de réinstaller le bivouac… bref aujourd’hui il faut sortir à la vire !

Donc deux équipes : les grimpeurs et les mulets. Et il faut maintenant attribuer les rôles ! Rama accuse le coup de la journée de grimpe de la veille, enchaînée avec une nuit à snifer de la poussière, il est assez fatigué et s’inscrit le premier à l’équipe « mulets ». Pierre, de bonne humeur, est prêt à se dévouer pour accomplir cette tâche ingrate, et prend également position chez les mulets. Moi je suis surexcité à l’idée de grimper, j’ai bien dormi, des patates j’en ai eut ma dose vendredi, et je suis trop content de me retrouver ainsi dans l’équipe de devant sans négociations. Sancho c’est une autre histoire, mais l’on ne s’en rend pas compte de suite. Lui aussi a très mal dormi, et lui ne crève pas autant d’envie de se retrouver dans le groupe de tête ! Mais bon le staff mulet affichant déjà complet, bien obligé d’aller se coltiner les longueurs de grimpe !

P1050115Aujourd'hui il va falloir sortir tout ça ! Coute que coute !

P1050116Sancho fini de digérer son petit dèj après une heure de remontée sur corde fixe ! Welcome to R3 !

On attaque donc à remonter les cordes fixes tous les deux, pendant que Rama et Pierre rangent le bivouac. Je remonte en premier le plus vite que je peux les 120m de cordes fixes qui permettent de rejoindre R3, Sancho suit derrière, tirant un sac plus lourd que le mien, et galère un peu plus à arriver. Ce qui me laisse tranquillement une demi-heure pour buller à R3 en préparant mon matos pour la quatrième longueur, torse nu au soleil, la vie est belle.

Une demi-heure plus tard, la jambe tremblante et la main gauche tétanisée, je joue du perfo de plus belle… finies les vacances ! Sancho m’a laissé bien volontiers la permission d’aller régler son compte à cette longueur qui me fait de l’œil depuis hier, alors je m’y emploie avec frénésie ! Mais c’est tellement dur que je suis obligé de mettre beaucoup de spits. Alors ça prend du temps, ça perce, ça tremble, ça bouffe de la poussière, ça peste mais ça avance ! C’est un miracle quand j’arrive à me passer d’un spit pour un piton ou pour un câblé, j’ai bien essayé le coup du friend dans la seule bonne fissure que j’ai croisé, mais à peine vaché dessus ce dernier m’a rejeté immédiatement ! Du coup 3h de cette gymnastique plus tard, je perce mon énième trou pour installer enfin R4 au sommet de la dalle/goulotte qui caractérise cette quatrième longueur.

P1050118Dans la fin de L4, vue sur Sancho à R3, bientôt son tour d'aller à la baston !

Pris d’un élan de motivation, je décide d’installer un point au dessus du relais pour sécuriser le début de L5. De toute façon, après c’est à Loïc de grimper, moi je serais en vacances, alors je peux bien faire ça pour lui. Force est de constater que ce point là va encore être un spit… alors je perce, mais cette fois-ci c’est le spit de trop pour mes yeux ! Ca fait depuis 3h que je me colle toute la poussière du monde sur la rétine (bien entendu j’ai oublié mes lunettes dans mon sac au bivouac) et là j’ai franchi le point où mes yeux n’arrivent plus à évacuer ! L’œil droit surtout me dit merde et décide de se mettre à pleurer en continu ! Pas franchement pratique ni agréable ! A moitié aveugle et surtout complètement vidé, je braille aux autres que je compte abandonner ce relais plus qu’inconfortable, et qu’il va donc falloir quelqu’un pour assurer Sancho pendant qu’il ouvre L5. Pierrot qui trainait vers R3 en hissant des sacs, fait les frais de ma paresse et se retrouve donc chargé du rôle d’assurer Sancho en tête.

P1050123Sancho remonte L4 en second, petite séance de dépitonnage plein gaz ! A R3, Rama et Pierre finissent de hisser les huit sacs !

La longueur suivante, la fameuse L5, a l’air d’être encore un sacré morceau de choix ! On est maintenant à 150m du sol, et l’ambiance commence à devenir franchement gazeuse ! Le début de la longueur est un passage plus ou moins compact qui vu d’ici a l’air bien abjecte, puis le reste est une grande fissure assez large, et bien déversante, qui promet une sortie plein gaz les bras et le moral parfaitement explosés. Je suis archi content d’avoir récupéré L4 et de ne pas me coltiner cette L5 ! Je fais monter Sancho, qui arrive au relais avec un tain grisâtre, voire livide, je crois qu’il n’a pas bien envie d’y aller non plus dans cette cinquième longueur… On installe la corde fixe réglementaire pour nous relier à R3. Je n’ai plus qu’à descendre. Je me laisse filer le long de la corde et retrouve avec grand plaisir le petit éperon de R3 où je peux enfin poser mes fesses sur quelque chose d’autres que mon baudrier ! Sancho lui, angoisse rigoureusement seul à R4. Le temps que Pierre remonte la corde fixe et le rejoigne, la pâleur de son visage a encore augmentée. Préparation du matos, Sancho attaque.

P1050126Buddy monte rejoindre Sancho à R4 pour me remplacer à l'assurage après que je me sois rempli l'oeil droit de 2kg de poussière !

C’est un remake de la Ligne Verte, Sancho est à l’entrée du couloir de la mort, et il va jouer le rôle du type sur la chaise électrique. Beaucoup trop vite à son gout il quitte R4, remonte les deux premiers mètres protégés par le point de  renvoi déjà en place, et se retrouve… en tête. Et tout de suite, comme on pouvait si attendre, ça grimpe dur ! Ca grimpe en libre vers la droite, tentative de caler un friend, Sancho réussit à le poser mais ses envies de s’y suspendre ont l’air négatives, retour légèrement vers la gauche, pas de fissure de ce côté-là. Alors commencent les démarches administratives régulières à la pose d’un spit. Sauf que le Sancho il est dans le mal, sa main gauche, conformément à la notice d’utilisation fournie plus haut, est déjà tétanisée au préalable ! Sa main droite a bien réussie à extraire le perfo qui attendait sagement en bandoulière, mais au moment de vouloir percer, le cran de sureté est encore enclenché. Mains droites et mains gauches hurlent à la mort, le cran de sureté bascule dans le mauvais sens et Sancho se retrouve à essayer de percer un trou avec une mèche qui tourne à l’envers… C’en est trop ! Moral, mollets, bras et mains explosés, le perfo rejoint son poste de vacataire en bandoulière et Sancho rejoint illico le point de renvoi, puis R4… « Grimpeur neuf ! »

P1050127Pierrot prend la relève pour THE cinquième longueur, Sancho en poste à l'assurage sur ce putain de R4 ultra-inconfortable !

Alors Sancho qui a déjà passé 3h à m’assurer dans L4 reprend le poste à l’assurage et ce pour une durée indéterminée car maintenant il va falloir que Pédro sorte, quel que soit le temps que ça prend ! Transfère de matos, et c’est parti pour buddy ! Rama et moi on disserte à R3, d’ici on n’a plus rien à faire qu’à attendre que ça se passe. En effet, pendant tout le temps que ça a pris d’ouvrir L4, Pierre et Rama ont abattu un boulot de timbré en hissant tous les sacs qui sont maintenant rangés bien sagement dans notre dos en attendant de pouvoir aller plus haut. Rama à force de tirer sur des cordes a les mains pleines d’ampoules ! Un autre des enseignements que l’on aura appris pendant ces quelques jours : quand il y a 200kg de matos à hisser, il faut des gants !! Mais revenons-en à buddy qui a maintenant dépassé le point de renvoi (et de non-retour) et cherche à partir vers la droite comme Sancho l’a fait précédemment. Il cale un friend, le même que Sancho, et se vache dessus… ça tient ! « C’est bien pédro allez !! » Facile à dire quand on est assis sur le banc des supporters ! Mais pédro, qui habituellement chante ou raconte toujours une ou deux vannes, ne chante plus ! On le sent plus que concentré, même la falaise retient son souffle, il faut que ça passe ! La section qui suit est franchement lisse, pédro dégaine le perfo. Pose d’un spit ultra rapide, Pédro monte se vacher sur ce point beaucoup plus solide que le friend précédent, tout le monde respire un peu mieux. Mais le répit ne dure pas, Pédro abandonne le perfo à Sancho, et repars pour un grand coup de libre ! « Allez pédro allez ! » 3m, 4m, ça grimpe dur, puis Pédro essaye de poser une protection, galère, la pose, ne semble pas satisfait du tout, puis fini par se vacher dessus. La tension est à son paroxysme, s’il met autant de temps à se vacher à un point c’est qu’il doit être sacrément pourri ! Pose d’un deuxième piton, pédro a l’air toujours circonspect ! Nous on continue à faire tout ce qu’on peut faire : on gueule ! « C’est bien Pédro allez !! » Et la première phrase en provenance dudit Pédro finie par arriver « Ouais c’est çà t’en parleras à mon caleçon ! » Le pauvre se chie un peu dessus et on le comprend facilement !

P1050129Pierrot en tête qui se démène comme un fou !

La section lisse est maintenant finie, la suite de la longueur présente toutes les caractéristiques de la fissure mangeuse d’homme, le truc dans lequel une fois que tu t’es engagé tu ne fais pas demi-tour ! Pédro pose un nouveau spit pour protéger son départ en libre imminent, et c’est parti. Et là c’est la grande classe ! Le pédro se déchaine ! Pose de friends aléatoires, pitons non moins foireux mais qui ont la politesse de tenir, pieds à plat sur du bien lisse, et la fissure commence à être déversante… avec tout le gaz de la face sous ses fesses, c’est du gros gros gavage ! Une demi-heure de combat acharné plus tard, la fissure est surmontée dans les règles de l’art ! Le pédro, encore une fois, s’est déchainé !

Deux coups de perfo plus tard et un triomphal « relais vaché », l’ambiance jusqu’alors très tendue commence à basculer doucement dans l’euphorie, enfin en tout cas au moins la tension baisse d’un cran. Au dessus la face se couche un peu, et la vire du bivouac n’est plus qu’à une vingtaine de mètres qui n’ont pas l’air trop dur. Maintenant c’est sur, on va passer !!!

La machine à hisser des sacs se remet en marche, c’est Rama et moi qui jouons le rôle des treuils pour tout hisser à R4 pendant que Sancho part en moulinette rejoindre Pédro à R5. Et Sancho hallucine grave !! « Mais comment il a fait pour sortir ça ! » Sans trop disserter sur la récupération des protections, on retiendra notamment à titre d’exemple le piton qui avait permit à Pierre de poser son dernier spit : Sancho arrive en second, se vache dessus, et le piton gicle instantanément ! Ca c’est de la protection à durée déterminée !

Maintenant tous les sacs sont à R4, rangés plein gaz à côté de moi, Steph lui est toujours à R3, Pédro et Loïc à R5. La corde fixe réglementaire installée entre R5 et R4, je remonte sur la stat’… il y a un vrai gaz ! C’est toujours sympa de se dire à ce moment là qu’on est suspendu à un bout de corde de 10mm de diamètre ! Pendant que je remonte à R5, Steph rejoint R4, Sancho part en tête pour L6, notre logistique commence à être bien rodée !

P1050131Pendant que je remonte la corde fixe qui va de R4 à R5, Rama abandonne définitivement R3 sur la corde qui monte à R4 où pendent tous nos sacs.

A R5 c’est la fiesta, avec Buddy on exulte ! Sancho lui, grimpe concentré. Sa fissure n’a pas l’air trop dur mais tout de même les flancs sont lisses comme une peau de bébé. Pose d’un spit, Sancho dégaine la perceuse, perce, puis tente de ranger le perfo en bandoulière autour de son cou mais sa main droite est bloquée sur la gâchette et la mèche tourne toujours… et finie par attraper son t-shirt. Bruit bizarre que ne devrait pas produire un perfo normalement… « ça va Sancho ? » « Non ça va pas ! » « Ah ».

En fait la mèche qui tournait toujours, a attrapé le t-shirt, qui s’est enroulé autour de la mèche, sauf que le perfo est un animal gourmand, une fois les réserves de tissus enroulées autour de la mèche, c’est au tour de la peau du bras du pauvre Sancho de suivre le même chemin !

Il a pas crié, solide le bonhomme !

P1050135Sancho juste avant sa tentative de se foutre un spit dans le bras...

Rama par contre à R4 commence à gueuler ! Pendant que nous on bulle joyeusement sur la terrasse de R5 en suivant les péripéties de Sancho, lui est toujours pendu plein gaz à R4 et tant que je n’ai pas hissé tous les sacs il ne peut pas abandonner ce poste ! Une voix un peu chevrotante qui sort du trou sous nos fesses, demande d’activer un peu plus mon treuillage ! Les huit patates remontées, Rama abandonne enfin son trou et nous rejoint à R5, soulagé ! C’est toujours angoissant d’être le dernier pendu dans le vide quand les copains font la fête au dessus. Même si la distance entre les deux n’est que de trente petits mètres, on se sent vide abandonné !

P1050136Buddy, trop content d'en avoir fini avec sa L5 !

Pendant ce temps là, Sancho dé la Roca, le bras gauche orné d’un magnifique hématome brûlé en phase de croissance rapide, a triomphé de sa longueur ! Il est sorti sur la vire qui va nous voir bivouaquer ce soir, il est 20h30 ! Bon timing les filles, on hisse nos culs là haut et tout le matos, et on se trouve un spot pour dormir, la prochaine étape ensuite c’est le confit de canard !!!

P1050138Sancho qui va en finir avec la sixième longueur, et enfin sortir sur la grande vire ! Il était temps qu'on en finisse, il est déjà 20h30 !

Aussitôt dit aussitôt fait, Pédro remonte la longueur en second, sort sur la vire à son tour, je grimpe à la corde fixe et remonte les huit patates. Rama toujours en dernière position essuie un tir nourri, en effet la vire est pleine de caillasses de calibres variés, qui s’engouffrent dans la fissure et tentent régulièrement de dégommer le pauvre Rama. Heureusement, malgré quelques tirs bien ajustés, le Rama n’est touché que par du petit calibre, et tout le monde sort sur la vire en un seul morceau. Le deuxième tiers de la face est passé !

Il nous faudra encore une heure pour explorer la grande vire, trouver un emplacement de bivouac à peu près convenable sur une sente à chamois, et y porter tous les sacs ! 22h, on est enfin assis tous les quatre, ça y est cette dure journée est terminée ! Place au bivouac !

P1050139Buddy à la recherche d'un spot de bivouac sur la grande vire

On fait les comptes de la journée : sacré baston ! Le rama a les mains couvertes d’ampoules à cause des hissages de sacs, Sancho nous a fait voir sa blessure de guerre, une sacré pizza ! Moi j’ai l’œil droit toujours encombré par un seau de poussière, et Pédro et Sancho se proposent de me faire un lavement rétinien, proposition acceptée… mais attention on est loin des soins hospitaliers dispensés par une infirmière délicate. La tête en arrière, l’œil grand ouvert, je vois la tête de Sancho débarquer en gros plan avec le goulot d’une bouteille de 2L d’eau à 5mm de ma rétine… c’est peut-être le moment de la journée où j’ai eut le plus peur !

DSC05809Apéroooo !

Installation du bivouac, c’est maintenant l’heure de l’apéro ! Et il est hors de question que demain on remonte des choses inutiles au sommet, alors messieurs-dames au boulot, il faut torcher le cubi de Sauvignon ! Sancho en grand maitre cuistot incontesté (vous pensez bien si quelqu’un commence on ne va pas lui voler son poste), s’affaire à la cuisine. Sauf que le confit de canard refuse de sortir de son emballage : la boite de conserve qui contient le futur repas tant désiré, n’est pas équipée d’une ouverture facile, et bien entendu on n’a pas d’ouvre boite ! Le matos d’escalade qui pensait en avoir fini pour la journée refait surface, et c’est à grands coups de marteau sur un piton que la boite finit par céder, non sans me faire gicler dans les yeux quelques grandes lampées de gras de canard (ça fait du bien à la peau parait-il)…

DSC05812Il y a des longueurs qui sont dures à ouvrir, mais il y a aussi des confits de canards qui sont durs à ouvrir !

Soirée magnifique sous les étoiles avec toujours la fameuse vue sur Grenoble by night. Déguster un confit de canard dans cet environnement est complètement irréaliste, trop bon !

A un moment on se rend compte qu’il y a un point vert qui nous passe sur la tête, disparaît, revient, en mode sniper. Puis on finit par trouver son origine. A Grenoble quelqu’un a repéré nos frontales et nous pointe avec un laser, on a vraiment bien fait de prévenir le secours en montagne que c’est nous qui faisons la fête là haut !

P1050150Maitre Sancho, cuistot incontesté de l'expé nous prépare son désormais célèbre confit de canard avec la vue sur Grenoble by night !

Fin de soirée, tout le monde au dodo, plus d’anecdotes à raconter sur cette « petite journée en montagne » hormis une tentative de Rama d’améliorer son emplacement de bivouac qui a failli se solder par une lapidation dans les règles. En effet, après une demie heure à essayer de se caler comme il faut sur son matelas, et alors que les trois autres ronflent déjà joyeusement, Rama décide d’essayer de trouver un meilleur emplacement sur la vire. Il passe à proximité de Sancho, mais Sancho qui ne dort que d’un œil croit entendre des chamois ! De peur que les chamois ne nous fassent rouler des pierres sur la tête, Sancho s’apprête à les caillasser pour les faire décamper. Heureusement, à un jet de pierre de la lapidation, la frontale de Rama apparaît « Tiens bizarre ce chamois avec une frontale »… Ca aurait été marrant que le pauvre Rama qui s’était déjà fait copieusement pavasser toute la journée en prenne encore une dernière fournée pendant la nuit !

 

 

Lundi 9. Le poids des armes.

 

Réveil matin tôt, trop tôt ! Oh ma grasse mat’ !! Fini ces conneries, aujourd’hui Pierre a mis le réveil à 7h, le fourbe ! C’est que ce soir ça annonce orage, alors comme on a pas envie de tester la sortie sur les crêtes avec la foudre comme accueil triomphal, on est obligé d’extirper les corps endoloris des duvets un peu trop tôt à mon gout !

Bon cela ne nous empêche pas de faire trainer le petit dèj pendant une heure et demie, tout de même, restons sérieux !

Aujourd’hui il nous reste un bout de falaise d’environs 100m à remonter pour sortir au sommet. Mais hier un petit repérage de ces 100 derniers mètres nous a laissé comprendre que pour la sortie « direct », il faudrait repasser ! C’est 100m de face lisse comme un cul, barré par un énorme toit en plein milieu, enfin de quoi s’occuper encore au moins deux jours ! Et nous on a plus tellement le temps ! Du coup nous prenons la direction de l’arrête Sud qui borde la gauche de cette face. L’arrête est franchement couchée et ça pue le 3+ à plein nez, alors on n’est pas trop stressés par la journée de grimpe ! Le plus chiant ça va être le hissage des sacs.

P1050154Démontage du troisième bivouac : il faut charier tous les sacs au pied de l'arrête finale !

Rama qui n’a pas eut le loisir de toucher une longueur en tête la veille (trop occupé à bichonner ses patates), attaque devant ce matin. La première longueur est évacuée en environs 10min, c’est réellement du 3+, et sur du bon rocher en plus ! Arrivé à son relais, il balance une statique dans la face raide, ça va aider considérablement Sancho et Pédro qui sont de hissage de sacs aujourd’hui. Je pars en tête pour la longueur suivante, L8 si vous suivez bien. Je pars archi léger, l’arrête continue à se coucher, et après un passage de 3+ d’environs 2m50, j’attaque à remonter une pente encore plus facile, et c’est presque sans le faire exprès, que je débouche… au sommet !

Je vous passe les impressions sympathiques qui m’habite à ce moment là, on l’a fait, trop cool, et tout et tout… je dirais juste : je suis trop content !

Derrière pour les autres c’est un peu différent, Sancho et Pédro sont en pleins hissage de sacs, et ça a l’air de coincer un peu partout ! Rama leur file un bon coup de main, puis on hisse tout jusqu’au sommet, Pédro nous y rejoint, Sancho récupère toutes les cordes qui trainent… et nous voilà, tous réunis, au sommet !

Midi, soleil de plomb, des planeurs qui volent dans tous les sens à 3m des crêtes, pas un signe d’orage à l’horizon, on savoure la joie de ce joli moment, et également les 600 grammes de « Petit Basque » qu’il nous reste pour fêter ça.

P1050155Rama sort au sommet !

Sauf que maintenant il nous faut un nom pour cette voie ! Ca fait trois jours qu’on est dans la face, même trois jours et demi si on compte l’approche de vendredi, et on ne s’est pas encore mis d’accord sur un nom, et on ne redescendra pas avant de s’être mis d’accord ! Une heure ça nous a pris, et on a fini par voter à l’unanimité pour Le Poids des Armes. Le poids des armes, pour tout un tas de raison ! D’abord pour la carabine du résistant qu’on a trouvé au pied de la face, en hommage un peu à ce gars, et puis aussi parce qu’on ne croise pas tous les jours des fusils de la seconde guerre mondiale qui trainent dans le Vercors ! Le poids des armes parce qu’on a commencé notre journée d’approche et de descente des sacs, le jour de l’anniversaire du débarquement. Et puis le poids des armes parce que pour sortir notre nouvelle voie il nous aura tout de même fallut 200kg de matos, et qu’on en a tellement chié pour amener et remonter ce putain de matos que l’on ne pouvait pas se permettre de ne pas souligner cela dans le nom de la voie !

Une fois tout le monde bien cramé par le soleil (méditez une heure en plein cagnard torse nu au sommet d’une arrête à midi, c’est une idée intelligente), et une fois le nom de la voie validé par l’assemblée toute entière, plus rien ne nous permet de repousser à plus tard la descente, alors on s’y met. On réussit à faire rentrer notre matos restant dans 6 sacs au lieu de huit. Chacun un sur son dos, et deux autres qu’on se fait tourner toute la descente. Même sans les 60kg de flotte et la bouffe qu’on a liquidés, les épaules en prennent encore un coup ! 1h plus tard, toujours en plein cagnard, le calvaire s’achève et on retrouve enfin les voitures au parking de la station !

P1050156Tri du matos, il est à toi ce piton ? et ce friend il est à qui ?

Fini de forcer, on trie le matos, et on fonce à Lans, 4 bières s’il vous plait, et 4 framboisiers (une idée fixe de Pédro depuis un petit moment : « si on sort la voie je vous paye un framboisier à la boulangerie de Lans », faut pas perturber ce genre d’idées fixes, on a laissé faire de très bon cœur !) Deux heures plus tard tout le monde somnole à la terrasse de Lans, il fait 40°C à l’ombre, et personne n’a envie de retourner dans la fournaise Grenobloise, pourtant les regards affligés des autres clients de la terrasse nous indique qu’il est grand temps de prendre une bonne douche !

Retour à Grenoble, l’orage finit par péter, on s’en fout on est rentrés !

On en a rêvé, on l’a fait… !

 

Del

 

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07 mars 2014

Hivernale au trois Pucelles !

4 ans après leur première tentative... ils reviennent, plus forts, plus motivés... toujours aussi débiles... !

C'est une vieille histoire que cette idée de vouloir faire les Trois Pucelles en hivernale. En 2010, une tentative menée alors par Ludo, Rama et moi dans le couloi Grange s'était soldée par un but massif : on avait passé 1h30 a faire la première longueur puis on avait butté lamantablement dans la cheminée de L3 qui était pleine de glace, il avait fallut trois fournées de pâtes carbonara pour s'en remettre.

Cette année les conditions sont bien réunies pour refaire une tentative : en 4 ans le souvenir douloureux de la baston dans L1 s'est relativement bien estompé, il a neigé pas mal à basse altitude, nous assurant d'avoir des longueurs bien plâtrées, et puis surtout on est morts de faim... toutes les conditions sont réunies !

Du coup pour mettre un maximum de chance de notre côté, on décide d'aller se frotter à la face Nord de la Dent Gérard, complètement plus dure que le couloir Grange ! Et puis toujours dans le but d'avoir le plus de chances possible : on part à l'après-midi au lieu de partir à la journée !

Bref, sorti du boulot de bonne heure, je récupère le Rama national et à 12h30 nous sommes entrain de brasser dans la neige du couloir Maréchal. C'est bien bien rempli malgré les 20°C qu'il fait à Grenoble, et nous sommes obligés de creuser une vraie tranchée pour arriver au pied de la voie.

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Rama, maitre ES bartassage !

Le début de la voie de la face nord de la Dent Gérard emprunte les 3 premières longueurs du couloir Grange. On va donc pouvoir se venger de l'affront que nous avait fait la grande cheminée de L3. Mais avant cela il faut passer la traversée de L1, magnifique 4+ de 30m avec 3 spits, qui prend environs 2min30 en été... là il va nous falloir 1h30 encore pour la passer ! C'est plâtré de chez plâtré, et la glace sous-jacente est trop humide pour faire des bons ancrages pour les piochons... tout un programme !

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La première longueur, bien chargée !

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Steph attaque les hostilités, il faut dégager toutes les prises ! 

Rama gagne à shifoumi et attaque la longueur... et bien oui mesdames et messieurs aujourd'hui on peut le dire : le Rama a pitonné dans du 4+ ! Les grandes manoeuvres sont de sorties, pitons, friends dans la neige, piolet dans le spit, gros combat ! La montre défile et quand je rejoins Rama après avoir dépitonné la longueur il est déjà 15h ! Il reste 10 longueurs jusqu'au sommet de la Dent Gérard, ça va bien se passer !

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Sortie de L1 sur une corniche bien chargée

On court jusqu'au pied de la cheminée, l'accumulation de neige au pied de la longueur permet d'aller directement au premier point. La cheminée n'est pas complètement plaquée de glace comme la dernière fois, du coup je troque les grosses pour les chaussons et c'est parti !

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Changement de chaussure à peu près au sec !

Ca déroule bien il faut juste faire gaffe un peu au verglas mais en opposition ça passe tout seul, cette fois-ci pas de but dans L3 on peut continuer !

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La cheminée, pas trop plaquée.

Hissage du sac puis Rama me rejoint. A partir de là on abandonne le couloir Grange pour partir dans la face nord de la Dent Gérard. Les 4 prochaines longueurs côtent 6b, 6c, 6a et 6c/A0, va y avoir du sport avant de toucher l'arrête finale !

Rama s'engage dans le premier 6b. L'avantage c'est que vu qu'il est tard, cette partie de la falaise prend le soleil ! Bon du coup il ya du verglas à cause du soleil qui a du faire fondre la neige les jours précédents, mais moyennant la pose d'un petit friend et quelques étriers, la longueur passe pas trop mal. Hissage du sac et je pars le rejoindre. Je remonte comme un bourrin ce qui me vaut d'arracher le friend du début de la trav... gros pendule j'aurais plu claquer un tcheck à Rama au relais en passant ! 

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Steph troque les crampons pour les chaussons!

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Hissage du sac : stratégie vraiment cool quand t'as beaucoup de fringues et le matos d'alpi à trimbaler !

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En second, pénard en grosses dans les étriers

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Rama pendu à son relais, et la vue sur Grenoble... juste avant d'arracher le friend !

S'en suit le premier 6c, complètement sec, pas de verglas pas de neige, on aurait presque chaud ! Relais, hissage, Rama arrive. Là il est 17h... nos chances de sortir sont pire que minces mais on continue encore, on verra bien plus tard comment se passera la retraite ! La longueur suivante est un petit 5c+/6a, qui a la particularité de descendre autant qu'il remonte. Mais là plus d'histoire de rocher sec : la descente est toute verglacée, et la fissure pour remonter est bouchée de neige... C'est au tour de rama, je le mouline pour la descente puis il s'escrime dans la fissure de neige, plante un piton foireux, redescend, réessaye, puis finalement se lance, retient sou souffle, çaaaa passe ! Combat de rue ! 

Là encore on a pu apprécier tout le bonnheur d'avoir un sac de hissage, enfin surtout moi : normalement j'aurais du désescalader la première partie descendante en me chiant dessus sur le verglas, mais là du coup j'ai pu penduler en rappel avec le bout de la corde de charge, niquel !

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Séance dépitonnage de la trav

On enchaine de suite sur la longueur bien hostile : 6c / A0 bien déversant, et sortie sur l'arrête qui s'annonce bien neigeuse ! Le début de la longueur passe bien, mais vers le milieux une niche pleine de neige et surtout de verglas me fout complètement au taquet ! Je passe mais abandonne sur place un grosse part de mon côtat moral ! 

37éclairée
Départ du 6c / A0

La suite ne s'annonce guère mieux, j'arrive dans la fissure de sortie, 4m au dessus de moi c'est le début de l'arrête... mais je galère, me met un gros taquet pour cliper un piton, dans ma tête ça cogite sévère... il est 18h bordel, il est 18h... et puis Rama me fait, "bon mec jte laisse essayer ton bordel encore un quart d'heure mais après faudra vraiment envisager de se barrer"... c'est vrai que je suis entrain de me mettre au taquet complet alors qu'on arrivera jamais à passer l'arrête qui est blindée de neige avant qu'il fasse nuit... tergiversations... mais la décision est vite prise : c'est le but, on redescend !

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Le point final de cette belle après-midi... 4m avant la fin des difficultées !

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Vue plongeante sur le départ...

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De retour à R6, on se baaaaare !

La bonne nouvelle de cette retraite c'est que de R6 on peut descendre en un rappel de 49,5m jusqu'à la plateforme de R1, ce qui est vraiment cool sinon il aurait fallut refaire la traversée descendante-ascendante dans l'autre sens et ça c'était pas gagné !

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Gros rappel pendulaire depuis R6 directos à R1 !


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Et rama qui fait le dernier rappel dans la peuf

Au final c'était une super chouette après-midi ! on aura bien bartassé, bien appris aussi, bien rigolé ! On a pris un bon gros but mais on est quand même monté bien plus haut que la première fois, et puis bon c'est pas bien grave... comme on dit : jamais deux sans trois ! ;)

Del

 

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10 février 2014

La première de Dur Réveil à Saint Egrève !

Une nouvelle voie vient de voir le jour à Saint-Egrève ! Sur la même paroi que les classiques Eperon des Gosses Mythiques, Domi Création et Nuit de Cauchemar. Et pour un tas de raison elle s'apelle Dur Réveil !

Dur réveil parce que les premiers mètres de la première longueur vous reveillerons de manière agressive. Dur réveil aussi et surtout parce que la première séance d'équipement s'est passée après une soirée fortement arrosée qui a donné suite à un léger retard de réveil... Et puis Dur réveil après la Nuit de Cauchemar, sa voisine !

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La paroi de l'Amazone à Saint-Egrève. Dur réveil se déroule sur la gauche des grandes dalle grises. 

C'est en faisant pour la n-ième fois Nuit de Cauchemar que je me suis dis qu'il était quand même domage qu'il n'y ai pas une autre voie dans le même style, et puis en regardant un peu à gauche pendant les rappels j'ai réalisé qu'il y avait peut-être bien moyen d'en équiper une nouvelle, peut-être même un peu plus dure ! 

Du coup début décembre je prend mon aprèm pour aller voir ça de plus près. 

C'est la première fois que j'équipe du haut une voie de plusieurs longueurs, c'est pas beaucoup plus compliqué qu'équiper une couenne mais ça demande un chouilla plus de logistique, et de temps ! 

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Steph dans la première longueur de Dur Réveil, un surplomb bien péchu !!

Pour commencer l'équipement, il faut aller en haut de la falaise! Ce qui fait que je commence par m'envoyer l'Eperon des Gosses Mythiques en solo autoassuré pour rejoindre le sommet de la face, une fois au sommet c'est parti. Je perd 2h à essayer de trouver un passage dans la dale sommitale, mais je n'arrive pas à trouver une ligne logique, la dernière longueur en 6b+ de Nuit de Cauchemar raye déjà toute la partie grimpable de la dalle, du moins pour mon niveau. Je descend du coup directement à R3 et attaque à équiper à partir de là. 

Et la première impression fut la bonne : il y a bien moyen d'équiper une nouvelle voie à gauche de Nuit de Cauchemar ! Trois nouvelles longueurs pour rejoindre le relais commun (R3) de Domi Création et Nuit de Cauchemar.

Le chantier a pris un peu plus de temps que prévu. Toujours très optimiste j'espérais passer une demi-journée par longueur, mais entre la purge de un ou deux frigos branlants, l'équipement, puis le brossage/grattage de toutes les prises, la voie a finie par être livrée ce week-end !

Dimanche 9 février :

Il reste seulement 4m dans la première longueur à brosser, Steph me rejoint sur la corde fixe pour m'aider à finir le boulot, 1h plus tard c'est fini, y a plus qu'à essayer !! 

 

Topo provisoire St-EgrèveTopo (à compléter) de la face : le tracé des trois nouvelles longueurs de Dur Réveil en jaune.

La première longueur attaque par les trois premiers spits du 7a+ de la voie n°3, puis bifurque à gauche dans une fissure diagonale. L'ensemble a l'air bien soutenu, on attaque la voie avec Steph et Loïc qui nous a rejoint, c'est parti pour le gros départ à froid ! Pendant ce temps Math et Pierre qui nous ont rejoint également attaque Domi Création un peu plus à droite.

P1030694Steph attaque le crux de L1 assuré par Loïc

Tout de suite ça pique bien, ça déverse dur dès le début et le crux se situe entre le 2è et le 4è point : dur à l'échauffe ! Au final tous les mouvs passent mais je n'enchaine pas ! Steph essaye derrière en tête lui aussi, mais le surplomb du départ a raison de lui, il faut serrer des à plat bien fuyants et ça explose les bras très rapidement ! Tous les mouvs passent pour lui aussi sans enchaîner, et il sort la fin de la longueur qui est plus facile avec des bonnes grosses bouteilles ! 

P1030709Fin du crux pour Steph, mais c'est pas fini il reste encore quelques mètres en surplomb... !

P1030710La fissure de la fin du dévers : attention faut se placer sinon la barre de power continue à descendre ;)

P1030734La fin des difficultés, la suite est plus cool !

Pendant ce temps Math et Pédro s'envoient Domi Création :

P1030696Pierrot dans la première longueur de Domi Création

Au tour de Loïc qui part en moul nous rejoindre à R1, ça n'enchaîne pas pour lui non plus, décidément ce départ est vraiment dur à froid ! Mais les mouvs sont vraiment chouettes !

P1030775Au tour de Loïc de chercher les méthodes !

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Une fois tous les trois réunis au relais, on débrief sur la cotation : verdict, on penche tous les trois pour un bon 7a bien physique ! C'est cool !

Loïc enchaîne avec L2 qui est dans un style différent : de la dalle fine, pas de dévers, que du placement ! Dans le crux il loupe un mouvement ce qui lui fait rater l'enchaînement, mais ça a l'air bien sympa à grimper! Je pars en second dedans, c'est plus facile pour moi vu que j'ai brossé toutes les prises une a une je sais où elles se trouvent ! Du coup je réussis la croix, trop content ! Le départ est super fin dans une dalle très sculptée magnifique, et la suite et toujours bien fine avec des prises qu'il faut parfois aller chercher bien loin. Steph suit en troisième et enchaîne lui aussi, débrief cotation : 6b !

P1030802Steph à la fin de la deuxième longueur 

Nous voilà tous les trois réunis pour la troisième longueur, et on sait qu'il va y avoir un mouvement au milieu qui va être super dur. Du coup on décide de laisser tomber la 4ème longueur qui est commune à Nuit de Cauchemar, pour prendre plus de temps pour travailler celle-là en tête chacun notre tour. 

On joue le tirage au sort pour savoir qui va y aller en premier : Steph s'impose au shifumi avec un royal 2 - 0 sec, Loïc remporte le deuxième essai... c'est moi qui vais me cailler le plus longtemps car maintenant le soleil s'est planqué et on commence à bien se geler !

Steph attaque donc, arrive sans problème au surplomb, mais n'arrive pas à trouver de solutions pour le pas de bloc malgrès quelques essais bien sentis. Il faut dire que ça caille vraiment et qu'en plus il est en T-shirt vu qu'il a oublié ses deux polaires en bas... ça a pas dû aider !

P1030809Il est looooiiiinnnnn le bac ! 

Au final ça passe en tirant la dégaine puis c'est au tour de Loïc, mais idem, pas de solution pour ce mouv, ça a l'air vraiment dur !

Pedant ce temps Math enchaîne la magnifique L3 de Domi Création juste à côté de nous, ambiance bien calé sur la vire du relais !

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Math entrain d'enchaîner la troisième longueur de Domi Création

A mon tour d'attaquer, je suis congelé et il ne reste plus beaucoup de temps avant la nuit, c'est donc plutôt sans espoir que je vais faire mon essai ! Mais à ma grande surprise, après 10 essais pour bien caler le jeté, ça finit par passer ! Le mouv est sacrément bloc mais ça le fait !!! Je finis la longueur puis on descend en rappel retrouver Math et Pierre qui nous attendent déjà en bas ! Trop bonne après-midi ! Maintenant faudra revenir pour enchaîner !

Au final la voie donne :

L1 : 7a bien physique, dur à froid mais bien joli. 

L2 : 6b technique

L3 : 7a bloc, cotation à affiner, sinon c'est 6b avec un pas d'A0 au milieu pour franchir le surplomb.

L4 pour sortir au sommet peut se faire soit en partant à gauche par L4 de nuit de cauchemar : un 6b+ technique magnifique, ou en partant à droite dans L4 de Domi Création, 5c joli aussi.

Descente en rappel, tous les relais sont chaînés donc ça passe en 4 rappels depuis le sommet avec une corde à simple de 60m. 

Voilà, c'est une chouette falaise où il y a de quoi se faire plaisir une après-midi au soleil, avec 5 minutes de marche d'approche et du rocher bien sympa : venez l'essayer !!

Et puis les remerciements : merci à la fédé pour les points et le prêt du perfo, merci à math et pierre pour leur prêt de grigri ! Et merci à rama pour le coup de main dans L1 !!

 

Del

Posté par cutrichare à 16:20 - Escalade / montagne - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 janvier 2014

Vidéo !! Menu best of grimpe

Allez un peu de vie sur ce blog pour fêter le début de l'année 2014 ! 

Pour une fois ce ne sera pas un article de 150 pages mais plutôt une petite vidéo. La réalisation est archi artisanale et certaines sections ne sont pas très réussies (comme la première partie où ça bouge beaucoup, il faut se motiver, après ça bouge moins !)

Du coup on retrouve dans cette vidéo, bon nombre de protagonistes des aventures de l'équipe... à beaucoup de périodes différentes ! On retrouve pêle-mêle des images datant de 2007 jusqu'à 2012, mettant en scène quelques réalisations marquantes dans divers point de l'univers (au moins !) 

On retrouvera donc aussi bien des images de la tête du Rouget dans les Ecrins que des Surplombs de Comboire à Grenoble, en passant par Zarathoustra à Ordessa en Espagne ou à l'Ushba en Géorgie! Pas mal de passages pris dans le Vercors : Deux Soeurs, Omblèze, Presles,... de quoi vous occuper cinq minutes !

Voilà voilà, j'espère qu'une autre vidéo suivra avec cette fois-ci une fournée 2011 à 2013, notamment à Archiane... affaire à suivre !

-> Vidéo à regarder en 720p (cliquez sur la petite roue en bas à droite) !

PtscreenMBO

http://www.youtube.com/watch?v=4i9sj9BEaSE 

 

Voilà, et sinon pour tous ceux qui ont suivi l'expé au Svalbard, bientôt des news à venir, le film (un vrai film cette fois-ci avec un beau montage et tout et tout) est en production pour ce début 2014, et également un spectacle qui sera joué à Grenoble qui permettra de rejouer les meilleurs moments de cette incursion alpinistique aux pays des ours blancs ! 

Toutes les news seront sur le site du Svalbard Project : back.infini.fr rubrique Actualités !

 

A bientôt ! 

Del

Posté par cutrichare à 15:58 - Escalade / montagne - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 mars 2013

Nid d'Aigle en famille !

C’est l’histoire d’un groupe de manches à balais entrain de siroter sa 3ème pinte en ville, et qui prétendent organiser leur futur weekend : tu veux faire quoi ce week-end toi ? « bin du kite ! ça fait longtemps que j’ai pas pris un but ! »

On voulait donc organiser un super week-end de kite !!
On était lundi soir, on n’était pas beurré mais il aurait pas fallu rester plus longtemps…

Mardi, petite prise de renseignements : la météo annonce le début de la mousson pour le lendemain, et ce jusqu’à dans trois semaines au moins… argh, mal barré de kite sous la pluie ! petit tour sur windgourré et autres plateformes de prédictions charlatanistes sur le vent : conclusion : rien d’annoncé pour le week-end ! rien pétole niette, que dalle, 0 nœuds ! Bien bien bien, et bin ça sent bon le but tout ça !

Vendredi soir, la météo avait décidée de laisser une ouverture ! Finalement on attendait un peu plus de beau temps que prévu, mais toujours pas un pet de vent annoncé ! Comme il faut croire que finalement on apprend de ses erreurs, on annula le kite !!

Bon bin on ira faire du ski drando ! Mais dimanche, parce que samedi faut dormir quand même !! Classique !!

Samedi soir, petit coup de fil : bon alors demain kite pas de vent, ski pas de motive, ski de rando trop d’avalanches… bon bin grande voie alors ! YES !!

Et c’est comme ça, grâce à ce putain de vent, qu’on a réussi à remonter un exploit plus réalisé depuis les balbutiements de l’escalade grenobloise : remonter une session grande voie en famille !! Non pas une cordée d’énervés, pas deux, mais bien trois cordées !! Et même quatre !!

On se retrouva donc dimanche matin en formation lourde, entrain de se demander lesquels des protagonistes ayant pris la décision de venir sous l’influence du dernier Haberlour 15 ans d’âge, allait rester dans leur plumard ! Personne ! tout le monde au rendez-vous ! Hallucinant ! Même roberto refait surface et a ressorti ses vieux chaussons poussiéreux, enfoui depuis l’Ushba dans une malle dont la clé était planquée dans le fond d’une autre bouteille d’Haberlour ! …

Et c’est parti pour un défouraillage à Presles en règle ! Les ingrédients : sélectionnez sept blaireaux parmi ce qui se fait de mieux. Faites les partir si possible pas trop tôt de Grenoble, choisissez n’importe laquelle des voies de Presles, dans tous les cas yaura embrouille, et si possible envoyez tout le monde dans la même voie !

Aussitôt dit aussitôt fait, à 11h30 sur le parking c’est bien sept énergumène qui s’équipait joyeusement, direction Nid d’Aigle ! Une voie de 250m, 9 longueurs, 5c max avec quand même un 6a+ histoire de s’mettre une ptite pression…

Je passerai sous silence une certaine embrouille de poulet-mayo, de toute façon on aurait pas eut le temps de les manger !

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Toute la team au départ, Roberto, Anto, Pierre, Tristan, Ludo et Mickael !

La marche d’approche au soleil déroule bien, mais déjà le Berto national montre des signes de fatigue ! Il faut dire qu’après trois ans sans grande voie, il commence à se demander ce qu’il vient foutre en rééducation à Presles, l’autre temple du but (après la plaine d’Autrans).

Le jeune marié commence à se demander si râper sa fraiche alliance sur du frais rocher ne serait pas un peu déplacé vis-à-vis de sa fraiche dulcinée… Du coup après une demi heure de marche et non sans avoir scruté attentivement l’abruptité de la face, c’est au tour du capitaine 12 phalanges de constater son abrutisme, et de voter le but !! à R0 !!

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La face du jour, on se demande bien comment une voie en 5 peu remonter un truc aussi raide !

Après le désistement de Berto, on retrouve donc au départ du Nid d’Aigle, une cordée Tristan-Pierre en pall position. Une cordée de poursuivant Mickael-Ludo, et enfin la cordée de mord-mollets Anto-Del ! Pierre attaque la 1ère longueur ! 5b, soit disant. Il est midi…

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Pierre à l’approche du premier relais

Tout de suite le caractère "Preslien" de la voie se fait sentir, rocher pôli, cotation qui rigole pas, et engagement entre les points ! Mais Pédro s'en sort très bien, et tristan part le rejoindre.

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La team au départ, si si c’est bien Roberto !!

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Tristan s’élance à son tour !

Une fois la chilienne lancée, Ludo part à ses trousses immédiatement, et ainsi de suite ! C'est ça la stratégie de la formation lourde !

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Suivi de près par Ludo…

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…lui-même suivi par Mickael, lui-même suivi par Anto qui lui colle au train !

Reste… moi ! J’attaque la voie il est 13h passé ! Et ça va être comme ça toute la journée !! Mais bon c’est tellement plus drôle les grandes manœuvres !

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Anto rejoint Ludo et Mickael à R1, Tristan (tout en haut) s’enfuie dans le tunnel à la vue de tant de testostérone !

Le 5b de L1 est donc assez rapidement reglé, derrière arrive un pas de 5c franchement abomifreux : une courte fissure lisse poli par la patine, qui ne vaut plus 5c depuis des dizaines d'années mais comme c'est Presles surtout faut pas toucher à la cotation ! du coup tout le monde tire ses petites dégaines! enfin LA dégaine qu'il y a dans une fissure de 5m de long... et derrière le 5c donne accès à un grand tunnel ! qui permet de s'élever au calme et au frais tranquillement sans aucune pression cette fois-ci !

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Mickael pénard à R2 à la sortie du tunnel entrain d’assurer Ludo

La troisième longueur est un peu moins drôle : départ sur un mur pas bien dur mais en rocher limite, et sorti dans un couloir moitié herbe terre cailloux en équilibre, avec pas un seul point à poser... celle-la vaut mieux pas la remonter quand c'est trop humide ! Ensuite L4 est une belle fissure, côté 4c... c'est une des nombreuses blagues du jour ! 4c pour une fissure qui sort en dalle sur des petites prises, je suis sceptique mais bon... en tout cas super belle longueur : 30m, 4 points... je vous laisse faire le calcul ! (et pas moyen de rajouter quoi que ce soit...)! Mais belle longueur ! On en arrive à la vire médiane ! On avait prévu de bouffer tous ensemble là mais comme on a perdu le soleil il y a déjà une heure, personne ne s'est arrêté! On continue donc fissa dans L5, un 4c avec final en 5c.

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Mickael à R4 et ludo qui attaque la longueur de 50m pile.

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Tristan dans L5

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Et Pédro à R5

Cette cinquième longueur donna du fil à retordre ! le départ sur une rampe en 4, avec final dans une écaille surplombante en 5c, avec virage à 90° entre les deux, donc tirage de malade, en a calmé plus d'un !

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Anto s’engage dans L5

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Sous l’œil circonspect de Pédro

A partir de R5, la on commence vraiment à changer d'ambiance ! La face jusqu'ici remplie de buis, arbre, ou autres trucs acceuillants, devient maintenant verticale voire totalement surplombante, et le vide se creuse ! Pourtant la voie continue tranquillement dans du 5 pas trop dur entre les surplombs : vraiment stylé! La sixième longueur qui permet d'attaquer cette nouvelle partie, est une belle dalle fendue d'une fissure bien prisue, par contre niveau équipement... c'est carrément à chaille ! Il faut garder un bon moral pour celle là et une bonne marge dans le 5 sous peine de se faire sanctionner -> retourne pleurer chez ta mère gratos !

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Anto à R5

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Ludo dans L6, la dalle stylée qui ne rigole pas !

Une fois cette longueur tochée, une petite traversée en 5c amène cette fois-ci en plein dans le gaz, plus de dièdre ou de toits, c'est la sortie de la face, et c'est bien raide !

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Anto dans la trav avant le 6a+

Et là surprise, qu'est-ce qu'il y a derrière l'éperon : bin Steph et Elsa ! Normal !! Entrain de sortir de leur voie qui a pas l'air franchement facile vue d'ici !!

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Steph et Elsa dans Le Temps des Guenilles

Ca a l'air de mal se passer pour le Rama, on le voit tenter d'essayer de s'extirper de ce piège, mais il galère, et finalement chute, pas si loin du relais! Cas cela ne tienne, à mort le réta BBX, on va passer par les buis ! Et c'est parti pour une renfougne de la Pyrénnéenne qui se retrouve à faire des manoeuvres pas possible pour récupérer la voie après avoir clippé un arbre mort psychologique...

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Steph-travaux-accros

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Elsa assure un buisson ?

Mais revenons-en à nos moutons ! OK Steph et Elsa galèrent, mais chez nous c'est la merde aussi ! Pierre, qui avait tenté d'enquiller 2 longueurs d'affilée histoire de gagner du temps, s'est fait sanctionné par un monstre tirage, et a du faire relais en plein milieu du 6a+... Derrière Tristan est parti le rejoindre, et c'est maintenant lui qui galère dans la sortie du 6a+ en question, alors que Mickael attaque les hostilités... ! Ca a l'air d'être bien la galère là haut et c'est bouché comme une rocade en sortie de taff !

Nous pendant ce temps on est pénard au relais, mais on sent bien qu'il va falloir s'énerver un peu pour quitter notre terrasse !

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Anto et Ludo avant la sanction du 6a+

Les bouchons avancent un peu et Ludo part au charbon ! Mais 1m plus loin il est déjà dans le mal ! cette longueur est patinée comme pas possible, et les spits ne sont pas franchement proches !

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Ludo entrain d'en chier dans le 6a+ !

C'est maintenant à moi d'y aller, et Anto se retrouve tout seul abandonné sur sa terrasse! ça a pas l'air de beaucoup le faire rire ! Il aurait presque l'air inquiet !

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Mais pourquoi j’suis pas allé faire du ski putain de merde !

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Ya du gaz un peu quand même !

Finallement tout le monde s'en sort pas trop mal, et après une ultime longueur et un ultime surplomb, on se retrouve tous, à huit avec Steph et Elsa sur le plateau de Presles !! Trop cool !! Contents d'avoir finis ! Pierre et Tristan attendent là depuis presque une heure!

Bon maintenant que l'escalade est finie, reprenons des problèmes plus terre à terre ! Il est 17h45, faut que je sois chez mes parents à 19h ! et y reste la descente ! Mais t'inquiètes c'est hyper court dans 10min on est à la voiture !

C'était sans compter la neige, et l'excitation de huit blaireaux contents d'leur coup! 10min après on était pas du tout à la voiture, mais bel et bien paumés dans la neige et les buis!

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Le retour avant d'être tous paumés !!

C'est dans une joyeuse désorganisation que s'acheva ce retour, suivant la logique du film d'horreur : pourquoi rester groupés quand on peut tous aller se paumer à un endroit différent de la forêt ?!

Du coup à ce ptit jeu la c'est Steph et Tristan qui perdirent à platte couture, avec un retard de 20 minutes avéré par le juge de course Roberto qui attendait toujours au parking, légèrement surgelé, chrono à la main !

S'en suivit un retour à Gre fissa, arrivé 19h46 chez les parents au lieu de 19h... bien bien bien, on change pas une équipe qui perd !! Mais c'était une trop bonne journée !!

 

Del

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